100ème anniversaire de la naissance de François Mitterrand – Déplacement à Prague de M. Hubert Védrine (13 septembre 2016) [cs]

Monsieur le Président du sénat,

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,

Cher Hubert Védrine,

Cher Milan Syrucek,

Mesdames et messieurs,

Je tiens avant tout à dire ma gratitude au président Milan Stech, pour ouvrir la magnifique salle du Sénat tchèque où nous nous trouvons, à l’occasion de cette conférence consacrée à François Mitterrand et l’Europe, alors même que dans quelques semaines, le 26 octobre, sera commémoré le centenaire de la naissance de l’ancien président français. Au moment où l’Europe et l’Union européenne font face à des défis majeurs, à l’incertitude, voire au doute, il paraît particulièrement opportun de rappeler la mémoire, l’action et la vision de ceux qui ont contribué à son édification.

Je remercie également pour sa présence et sa participation M. Lubomir Zaoralek, Ministre des Affaires étrangères, et je suis personnellement très heureux d’accueillir aujourd’hui à Prague M. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, qui a détenu de hautes responsabilités auprès de François Mitterrand dont il préside actuellement la fondation. Je remercie enfin Milan Syrucek sans lequel cette journée ne se serait pas déroulée et dont est publié aujourd’hui un ouvrage consacré à François Mitterrand.

Evoquant précédemment le centenaire de sa naissance, je ne peux m’empêcher de rappeler ici que François Mitterrand a vu le jour à Jarnac, en Charente, au moment même où se formait dans cette ville une unité de légionnaires tchécoslovaques qui deviendra le 22ème bataillon tchécoslovaque, l’un des éléments constitutifs de la future armée de la nouvelle République tchécoslovaque.

Nous étions il y a un instant réunis, à proximité d’ici, dans les jardins du Palais Palffy pour un hommage devant le buste de François Mitterrand, en présence du président Milos Zeman qui, il y a un peu plus d’une année, le 13 juillet 2015, veille de la fête nationale française, avait présidé à la cérémonie de dévoilement de ce buste. Œuvre d’un sculpteur tchèque vivant en France, Jan Zelenka, ce buste a été érigé à l’initiative de la Section de Jazz et de son président Karel Srp, que je salue amicalement. Il symbolise surtout le lien entre François Mitterrand et ce pays et l’attachement que portent les Tchèques au souvenir et à l’héritage de François Mitterrand.

Pour beaucoup, notamment en France, François Mitterrand se caractérise par son attachement profond à la culture européenne ainsi que par l’action conduite en faveur de l’amitié franco-allemande et de l’approfondissement de la construction européenne. Je pense en particulier à la création, en 1992, de l’Union européenne avec le Traité de Maastricht, pour laquelle Mitterrand s’est activement engagé.

Mais ici, en République tchèque, comme auparavant en Tchécoslovaquie, le souvenir de François Mitterrand est étroitement lié à la période qui a précédé et suivi la Révolution de velours. Persuadé que l’URSS de Gorbatchev connaissait une évolution l’éloignant des anciens schémas de la politique soviétique, Mitterrand décida d’entreprendre à partir de 1988 une série de visites dans les pays de l’ « autre Europe ». La première étape de ces visites se tint ici-même, à Prague, en décembre 1988 ; elle fut préparée par la visite, deux mois auparavant du ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas.

Mitterrand imposa cependant à Gustav Husak comme condition de sa visite, la première alors d’un Chef d’Etat français en Tchécoslovaquie, la possibilité de rencontrer des représentants de la société civile. C’est ainsi que le 9 décembre 1988 put être organisé à l’ambassade de France le petit-déjeuner historique auquel furent conviés Vaclav Havel ainsi que plusieurs opposants au régime communiste, dont Karel Srp et Petr Uhl, présents avec nous. Hubert Védrine était aussi présent à cette rencontre historique.

Si le souvenir de cette rencontre de 1988 demeure aussi présent, c’est qu’elle conférait une reconnaissance internationale aux opposants au régime communiste mais avant tout à la légitimité de leur cause. L’importance du petit-déjeuner est clairement visible lorsque l’on considère le rôle qu’un an plus tard les personnalités invitées jouèrent dans la transition démocratique. Mitterrand s’est plu à le rappeler dans le discours qu’il prononça à Aix-la-Chapelle en 1991 en remettant, avec le Chancelier Kohl, au Président Vaclav Havel le prix Charlemagne qui distingue les personnalités ayant œuvré de façon remarquable à l’unification européenne.

Ce qu’il fit en Tchécoslovaquie, le président Mitterrand le répéta à plusieurs reprises au cours de ses autres déplacements officiels en Europe centrale et Orientale. Ce fut le cas en Bulgarie en janvier 1989, où il reçut à l’ambassade, également pour un petit déjeuner, des dissidents dont Jeliou Jelev, puis, en Pologne en juin 1989 où il vint rencontrer Lech Walesa à Gdansk.

Dans l’année précédant la chute du mur de Berlin, Mitterrand rencontra ainsi trois futurs chefs d’Etat de nouvelles démocraties d’Europe centrale et orientale.

A titre personnel, j’aimerais rappeler qu’alors jeune agent du Protocole en poste à l’Elysée, j’ai eu l’occasion de faire partie de la délégation qui accompagna le Président Mitterrand en Bulgarie et en Pologne ; j’en conserve un souvenir fort et je regrette de n’avoir pas eu l’occasion d’être à Prague en décembre 1988.

Mais, arrivé à Prague comme diplomate dans les semaines suivant la Révolution de velours, j’étais à l’ambassade lorsqu’en septembre 1990, au cours de sa première visite dans la Tchécoslovaquie redevenue démocratique, François Mitterrand souhaita convier à un petit-déjeuner les participants de celui de 1988 auxquels se joignit Alexander Dubcek. J’étais également présent lorsque le Président Mitterrand fit une nouvelle visite le 9 décembre 1993 et, à l’occasion du 5ème anniversaire du petit-déjeuner, invita à l’Ambassade Vaclav Havel et les autres premiers participants. Karel Srp a magnifiquement rappelé ces différentes rencontres dans son livre « trois petits déjeuners avec François Mitterrand ».

Si le petit-déjeuner de 1988 est régulièrement commémoré, c’est qu’il possède une valeur symbolique qui demeure toujours vivante. Puisque l’on évoque les symboles de l’histoire commune, comment ne pas relever que 70 ans avant le petit-déjeuner, le 9 décembre 1918, Masaryk revenu des Etats-Unis, passait pour la première fois les troupes en revue en tant que chef d’Etat de la nouvelle Tchécoslovaquie ; c’était à Darney, dans les Vosges, devant les légionnaires tchécoslovaques du camp Kleber.

Alors que les relations franco-tchèques connaissent une période d’essor sur les plans tant politique qu’économique, il est significatif que le premier ministre français, Manuel Valls, 16 ans après la précédente visite de Lionel Jospin, se soit rendu à Prague en visite officielle le 9 décembre 2014 afin notamment de prendre part à un petit-déjeuner commémoratif en présence de son homologue, de M. Zaoralek, et de plusieurs personnalités dont Karel Srp et Petr Uhl. C’est à cette occasion que Karel a exprimé le souhait de voir ériger un buste de François Mitterrand à Prague. Une initiative qu’il a su mener à terme avec une remarquable rapidité et dont je le remercie de nouveau.

Pour conclure, je voudrais simplement dire qu’il y a trois ans, quelques semaines après mon arrivée à Prague, j’ai eu l’occasion d’accueillir à l’ambassade en décembre 2013 un séminaire organisé à l’occasion du 25ème anniversaire du petit-déjeuner. Aujourd’hui, à la veille même de la fin de ma mission en République tchèque et de mon départ de Prague, je me réjouis beaucoup d’assister à cette conférence et d’écouter les interventions des personnalités présentes.

Je vous remercie.

Dernière modification : 16/09/2016

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