Affaires étrangères, la France toujours présente ? Stéphane Madaule (La Croix) [cs]

Les déclinologues de tout poil dissertent à longueur d’articles ou de livres sur l’affaiblissement supposé de la France. Bien entendu, la situation économique de notre pays n’est pas très brillante et n’engendre pas l’optimisme. Bien sûr, les déboires de l’Union européenne ne laissent guère entrevoir de perspective crédible quant à la naissance d’une nouvelle superpuissance sur le sol européen. Évidemment, avec ses 65 millions d’habitants, notre pays n’est plus qu’une petite partie du monde et ne peut prétendre peser excessivement sur les grands équilibres géopolitiques.

Et pourtant, si l’on va dans le détail, dossier par dossier, l’influence de la France n’a rien de négligeable. L’Afrique tout d’abord où l’action de notre pays a permis la stabilisation de la Côte d’Ivoire, a stoppé l’avancée du terrorisme au Mali, a précipité la chute du colonel Kadhafi, essaie d’éviter le drame en Centrafrique avec les principaux pays de la région.

Influence encore en Europe où les sirènes de l’austérité généralisée doivent maintenant composer avec une coalition de mécontents qui demandent une autre politique.

Alors, on peut toujours penser, comme c’était déjà le cas dès le début des années 1950, que la France n’aurait jamais dû être désignée comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU aux côtés des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Que décidément les prétentions françaises à exister sur la scène internationale sont un obstacle à la construction d’une Europe puissance, seule apte à nous protéger sur le long terme et à peser sur les choix géostratégiques futurs.

Que la France est sur le déclin, que ce n’est plus qu’une puissance moyenne et non une grande puissance et qu’il convient du coup de l’arrimer d’urgence à d’autres, même s’ils sont fort différents. Ce discours existe, presque inchangé, depuis la défaite de 1940, sans valeur ajoutée particulière. Son intensité varie en fonction de la conjoncture : très sensible à l’occasion des périodes de morosité économique comme actuellement, beaucoup moins durant les Trente Glorieuses.

Mais aujourd’hui, où en sommes-nous vraiment ? La France, comme l’Europe, comme les États-Unis d’ailleurs, comme l’Occident dans son ensemble, a perdu de sa superbe sur le plan économique à mesure du développement spectaculaire des pays émergents qui représenteront en 2030, d’après l’OCDE, si les tendances actuelles se confirment, près de 60 % du PIB mondial contre 40 % aujourd’hui. Pour autant, seuls quelques pays comme la France et dans une moindre mesure le Royaume-Uni ont réussi le tour de force de découpler leur influence de leur puissance réelle sur le plan économique. Adossée à des secteurs de pointe qui participent de son indépendance, la diplomatie française n’est toujours pas alignée sur celle des États-Unis. Son savoir-faire demeure recherché au Moyen-Orient et ailleurs. Elle influence les choix européens. Elle pèse positivement sur la sécurité en Afrique en restant en capacité de projeter une force militaire efficace susceptible de favoriser le retour à la paix. De plus, son indépendance vis-à-vis du clan occidental, malgré sa réintégration dans le commandement de l’Otan, en fait un interlocuteur respecté, et même parfois un arbitre légitime au sein de la communauté internationale, capable de dire et de faire le droit sans jouer de sa puissance, capable de défendre les droits, sans être prisonnier d’arrière-pensées mercantiles. Pour aller plus loin, on pourrait même dire que les limites de sa puissance servent la légitimité et la sincérité de son approche, à l’écart d’une logique de rapport de force. Bien entendu, tout n’est pas parfait. Notre intervention en Afghanistan n’a pas été une réussite. La Libye demeure très instable. La question syrienne est loin d’être réglée. Les printemps arabes restent incertains. Le Proche-Orient s’embrase. Les terroristes n’ont pas dit leur dernier mot. La montée en puissance des émergents fragmente les relations internationales. Le monde multipolaire demeure en jachère.

Toutefois, la France est toujours là, porteuse d’une très longue histoire, prompte à dire le droit à l’ONU et ailleurs, apte à faire émerger des solutions. François Hollande, si critiqué sur le plan interne, a su avec Laurent Fabius reformer un tandem de choix sur la scène internationale, comme Jacques Chirac en son temps avec Hubert Védrine puis Dominique de Villepin, ou Nicolas Sarkozy avec Alain Juppé. Décidément, tout n’est pas si gris dans le ciel de France.

Stéphane Madaule

Dernière modification : 12/04/2016

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