"Chaque Etat des Balkans a vocation à entrer dans l’UE" [cs]

"Chaque Etat des Balkans a vocation à entrer dans l’Union européenne" (Rome - Paris, 13 avril 2010)

Tribune conjointe de Bernard Kouchner et du ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, publiée dans le quotidien italien "La Repubblica" et le quotidien "Le Monde" .

Nous devons renforcer notre action dans la région}

Il y a bientôt dix ans, à Zagreb, après une décennie de guerre et d’instabilité, l’Union européenne affirmait sans ambiguïté la vocation européenne des pays des Balkans occidentaux.

Dix ans plus tard, alors que le 28ème Sommet franco-italien vient de s’achever, nous réaffirmons notre plein soutien à cette perspective. Nous devons mener à son terme le travail engagé lors du sommet de Zagreb. Chaque Etat, selon ses mérites et selon un processus rigoureux, mais chaque Etat des Balkans occidentaux a vocation à entrer dans l’Europe.

Il en va de la paix et de la stabilité pour nous mais aussi pour les générations futures. Cette année peut être une année décisive pour les Balkans si nous savons donner une impulsion nouvelle pour contourner les vrais dangers qui nous guettent, l’indifférence et la négligence. C’est parce que nous pensons que l’Europe a besoin des Balkans et que les Balkans ont besoin de l’Europe que nous voulons renforcer notre action collective dans cette région voisine.

Pour progresser il faut faire avancer la cause de l’Europe. Cela passe en particulier par une action volontaire en matière de visa. A court terme, nous espérons en particulier que l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine pourront bénéficier d’une libéralisation des visas de court séjour dans l’espace Schengen. Les conditions techniques doivent être remplies mais nous ne devons pas laisser s’installer l’idée que les musulmans des Balkans seraient discriminés, empêchés de bénéficier de mesures dont bénéficient, à juste titre, les Serbes ou les Monténégrins depuis la fin de l’année 2009. La liberté de circulation dans l’Union européenne est fondamentale pour permettre aux peuples des Balkans occidentaux de se sentir membres de la famille européenne.

Les progrès viendront aussi nous l’espérons des avancées des négociations d’adhésion. Celles engagées avec la Croatie sont maintenant dans leur dernière phase. De nouvelles candidatures ont, par ailleurs, été déposées qui devront aussi être examinées.

Ces efforts, nous les attendons aussi, bien sûr, des pays des Balkans. Ils doivent apprendre à tourner la page d’un passé douloureux pour se tourner vers leur avenir européen. Nous pensons particulièrement à la Serbie et au Kosovo, qui ont une même vocation à rejoindre l’Union européenne mais qui doivent encore organiser leur co-existence. C’est une nécessité qui signifie que sans pratiquer au minimum le bon voisinage l’appartenance à une même Union est impossible. La France et l’Italie partagent cette analyse. Bernard Kouchner l’a dit lors de son voyage à Belgrade et à Pristina, les 1er et 2mars.

La Bosnie-Herzégovine est un autre exemple de la difficulté et de la nécessité de tourner la page. Franco Frattini, le ministre italien des Affaires étrangères, y sera le 13 avril et plaidera à son tour pour que les différentes communautés travaillent ensemble et surmontent leurs différences. Des élections auront en effet lieu à l’automne. Elles doivent placer le destin européen de la Bosnie au cœur des débats.

L’Europe est l’avenir de la Bosnie Herzégovine et ses dirigeants doivent se montrer à la hauteur de cette perspective historique. Ils doivent défendre des réformes difficiles mais nécessaires s’ils veulent que leur pays cesse enfin d’être un protectorat et devienne un Etat souverain, indépendant et membre de l’Union européenne.

L’Union européenne et les Etats-Unis partagent la même vision de l’avenir de la Bosnie-Herzégovine. Le récent voyage de M. Moratinos et M. Steinberg à Sarajevo a illustré une nouvelle fois la volonté des Européens et des Américains d’agir ensemble en faveur de ce pays et le plein engagement de la Présidence européenne dans ce dessein. A l’initiative de l’Italie et de la Présidence espagnole, une réunion ministérielle élargie se tiendra au mois de juin à Sarajevo. Nous y serons. Les Balkans sont au cœur de l’Europe. Leur destin est européen, personne n’en doute. Notre responsabilité est de faire de cette conviction irréfutable une réalité.

Dernière modification : 01/10/2013

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