Discours à l’occasion de la décoration de M. Cyril Svoboda [cs]

Remise de l’Ordre national de la Légion d’Honneur à M. Cyril Svoboda

Mardi 14 février 2012

Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir au Palais Buquoy, avec votre famille et vos amis. Nous sommes en effet réunis ce soir pour vous promouvoir dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, notre plus prestigieux Ordre national. La France entend ainsi reconnaitre vos éminents mérites au service du renforcement des liens entre nos deux pays et de la cause européenne.

C’est un honneur tout particulier pour un ambassadeur que de décorer une personnalité politique aussi marquante ; c’est aussi, pour moi, un grand plaisir personnel. Ministre dans plusieurs gouvernements, sous quatre Premiers ministres différents de gauche comme de droite, constamment réélu à la Chambre des députés de 1998 à 2010 et président du parti chrétien-démocrate KDU-CSL de 2001 à 2003, puis de 2009 à 2010, vous occupez une place de premier plan sur la scène politique depuis les débuts de la République tchèque démocratique.

Cette cérémonie me procure aussi un grand plaisir. Je me souviens très bien de nos premiers contacts, peu de temps après mon arrivée à Prague, de nos discussions animées. Les Tchèques, comme les Français, ont en commun le goût du débat intellectuel, ce qui est à mes yeux, une qualité. Je garde à l’esprit votre connaissance profonde des réalités européennes et internationales, votre passion pour votre pays, la force de vos valeurs, autant d’inspirations qui se retrouvent dans votre engagement européen, sans oublier votre chaleur humaine.

Ministre des affaires étrangères entre 2002 et 2006, vous avez été, et demeurez, un interlocuteur d’une importance toute particulière pour cette ambassade. Permettez-moi de rappeler votre investissement exceptionnel lors de la préparation de la présidence tchèque de l’Union européenne. Vous aviez en effet soutenu à cette occasion un ambitieux programme de formation au français, mis en place par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et cette ambassade, de plusieurs centaines de fonctionnaires tchèques. Toujours désireux de prendre un part active aux rencontres franco-tchèques, vous avez concouru efficacement au développement de bonnes relations entre la France et la République tchèque.

En évoquant l’Union européenne, je voudrais saluer votre engagement pro-européen et l’énergie que vous avez déployée, sans relâche, en faveur de la construction européenne. Vous avez d’ailleurs reçu, en 2005, le « Prix de la personnalité européenne », décerné par les étudiants de Sciences-Po Paris.

J’aime, comme vous, parler et débattre. Mais j’essayerai de faire preuve de retenue aujourd’hui pour laisser du temps au moment de convivialité avec vous et vos proches, après la partie officielle de la cérémonie. Mais je ne peux m’empêcher d’évoquer brièvement devant vous les grands enjeux actuels qui pèsent sur notre avenir.

Je partirai du constat que nous partageons : l’avenir de nos deux pays est indissociable de celui de l’Union européenne. Mais cette profession de foi, -j’emploie à dessein l’expression devant vous-, ne doit pas nous empêcher de regarder l’Europe et le monde tels qu’ils sont. Et les réalités sont dures. L’Union européenne vit un moment paradoxal. Le dernier grand élargissement, dont vous avez été un des grands acteurs, a installé l’Union dans une situation de paix et de prospérité sans précédent. Le besoin d’Europe est très fort. Il émane d’abord de nos concitoyens. Ceux-ci attendent, à tort ou à raison, des solutions européennes aux problèmes qui affectent leur quotidien et des réponses aux défis globaux. Il émane aussi d’une grande partie du monde qui attend de l’Union un engagement résolu au service de la stabilité et du développement. Face aux risques et à la brutalité des politiques de puissance, l’Union détient l’atout d’être perçue comme un acteur attaché à un ordre international régi par la règle de droit. Le juriste que vous êtes le sait bien. Son modèle d’intégration, fondé sur le partage, et non l’abandon, de souveraineté et le respect des identités nationales, reste très pertinent. Sa gestion des crises, combinant l’usage d’outils militaires et civils, répond bien aux situations actuelles.

Et pourtant, les Européens sont en proie au doute et à la défiance. Le problème est beaucoup plus grave que les difficultés récurrentes de l’approfondissement dans une Union de plus en plus large et hétérogène. Il est de nature existentielle. Force est de constater le délitement de l’esprit communautaire, l’affaiblissement de forces de rappel face aux pulsions nationales, la crédibilité affaiblie des approches communes face aux enjeux collectifs, comme l’illustre le manque de résultats dans des domaines emblématiques comme la croissance et l’emploi, et les défauts de la gouvernance économique dans la zone euro et l’Union. A ces difficultés internes s’ajoute le vertige qui saisit les Européens face à la globalisation. L’angoisse de la marginalisation est également forte face aux puissances émergentes. Les Européens sont aussi affectés par le relatif désintérêt des Etats-Unis, qui restent notre grand allié, pour une région qui présente beaucoup moins d’enjeux de sécurité depuis la fin de la guerre froide. C’est le signe du succès des Européens pour instaurer la paix sur leur continent.

Aujourd’hui, beaucoup de choses ne vont plus de soi dans ce monde dangereux, instable, et fluide : l’intégration européenne, le multilatéralisme, le pouvoir d’attraction de nos valeurs. J’en viens ainsi à mentionner la question des valeurs. Elle est essentielle, car la démocratie et les droits de l’homme sont au cœur de notre vision européenne. Je sais qu’elle vous est chère. Il y a, là aussi, je le sais pour garder à l’esprit les travaux sur la charte des droits fondamentaux, beaucoup de débats que je n’ouvrirai pas aujourd’hui.

J’ai mentionné ces points pour vous exprimer un message : nous avons besoin de vous, de votre voix, de votre énergie. Il est compréhensible et légitime de développer différentes visions de l’avenir européen. Mais l’Union européenne a besoin que l’on croie en elle. La France est fière et heureuse d’avoir des hommes comme vous à ses côtés pour promouvoir encore les aspirations des Pères Fondateurs.

Outre votre engagement européen, c’est votre francophilie aussi, et votre francophonie que nous souhaitons honorer par cette distinction. Vos nombreux voyages et déplacement en France vous ont donné le goût de notre langue et de notre culture que vous avez contribué à perpétuer et à partager en République tchèque.

Je vous souhaite également beaucoup de succès à la tête de l’Académie diplomatique, nouvelle institution que vous dirigez avec dynamisme. Je ne doute pas que vous saurez transmettre à vos étudiants toutes ces valeurs qui vous sont chères.

Juriste de formation, humaniste par conviction, profondément attaché au droit et à la liberté, vous êtes de ces hommes dont les combats et les valeurs de référence sont ceux de mon pays et pour lesquels la France veut vous témoigner sa reconnaissance.

Monsieur le Ministre, la France vous distingue aujourd’hui, et honore, à travers votre personne et vos divers engagements, la force de la relation entre nos deux pays.

Cyril Svoboda, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Officier de la Légion d’Honneur.

Dernière modification : 06/11/2013

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