Discours d’introduction de la soirée en hommage à Stéphane Hessel

Le débat "Hommage à Stéphane Hessel" a eu lieu à l’Institut français de Prague le 4 avril 2013.

Propos introductifs de Pierre Lévy,
Ambassadeur de France en République tchèque.

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir à l’Institut français de Prague pour cette soirée spéciale organisée par Literarni Noviny en hommage à Stéphane Hessel.

Je salue les participants à notre table-ronde [1]. Avant de laisser la parole à Jan Urban, le modérateur de la soirée, je souhaite partager avec vous quelques réflexions.

Stéphane Hessel nous a quittés le 27 février dernier à 95 ans. Ceux qui, comme moi, l’ont rencontré récemment ont été impressionné par sa vitalité militante, son énergie pétillante, sa capacité de séduction dont il jouait si bien. Je pense en particulier à sa visite à Prague en décembre 2011 en compagnie du Dalai Lama, la dernière apparition publique du président Havel. Dans la voiture qui nous conduisait au déjeuner avec le Dalai Lama, si joyeux d’être ici, il nous récitait en allemand des vers de Hölderlin.

Lors de ses obsèques solennelles aux Invalides à Paris, le 7 mars, le Président François Hollande a célébré un grand Français, un homme libre, libre de ses choix, libre de ses engagements, libre de sa parole, libre de sa vie.

Quel fil tirer pour parler de Stéphane Hessel en quelques mots ? Il est souvent difficile d’évoquer la vie d’une personnalité compte tenu de ses multiples facettes. Lui, était un être entier.

1. Son engagement est d’abord celui d’un diplomate, un de mes collègues que j’ai connu. Cet Ambassadeur de France, né à Berlin, venu en France à 8 ans, dont la vie est le reflet de notre histoire européenne, avec ses ténèbres et ses lumières, était un grand serviteur de l’Etat, un haut fonctionnaire loyal à tous les gouvernements qu’il a servis.

2. La première de ses convictions lui était venue très tôt, au lendemain de la guerre. C’était son attachement à l’ONU, - une constante de la diplomatie française -, auprès de laquelle il connut d’ailleurs sa première affectation. Il participa comme témoin privilégié à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée en 1948, à Paris. Puis, il fut nommé à Genève, auprès des institutions spécialisées de l’ONU. Il a toujours pensé que l’ONU doit devenir le lieu de la gouvernance planétaire, pas simplement sur le plan politique, mais aussi économique et écologique.

C’est cette même démarche universaliste qui le conduisit à faire le choix, très tôt encore, de l’Europe. Il défendait une idée européenne qui soit le fondement de la paix entre les nations qui s’étaient si souvent entre déchirées. Pour lui qui en 1944, fut arrêté, torturé, déporté par les nazis, l’Europe avait une signification particulière, une portée existentielle.

3. Car son engagement tirait sa force de sa participation à la Résistance. Il avait rejoint à Londres le Général de Gaulle en mars 1941. Pour lui, le motif de la Résistance c’est l’indignation. Le socle de son engagement politique, c’est le programme du Conseil National de la Résistance, adopté en 1944.

Chaque fois qu’une liberté était bafouée, que l’injustice était flagrante, il était là. Il luttait pour les sans papiers, les sans emploi, les sans rien. Il pouvait aussi, porté par une cause comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage.

4. Stéphane Hessel était un homme libre, c’était sa passion, son idéal. Cette liberté, il ne cessa jamais de l’exercer. D’abord par son action, mais aussi par sa plume. Auteur de nombreux ouvrages tout au long de sa vie, c’est par un livre "Indignez-vous" qu’il connut la célébrité, bien au-delà de nos frontières. Ce petit livre, une brochure, un tract est devenu un phénomène mondial, tiré à 4 millions d’exemplaires dans 100 pays. A un âge exceptionnel, à plus de 90 ans, il inspira la jeunesse d’Europe et même au-delà, suscita des mouvements dont il n’avait jamais imaginé l’ampleur, quand il lança à la face des fatalistes, des résignés, des frileux, son slogan « Indignez-vous ! ».

Là aussi, il y a matière à débat, tant ce mot d’ordre recouvre des réalités politiques très différentes, a une fonction mobilisatrice mais aussi simplificatrice. J’imagine que vous en parlerez.

5. Enfin, je voudrais le redire en ces lieux, Stéphane Hessel, naturalisé à vingt ans, aimait profondément la France. Il adhérait à ses valeurs, il endossait les principes universels de notre héritage national. Il incarnait les valeurs de la République.

C’était un humaniste, épris de culture, capable d’enthousiasme, doué du pouvoir de convaincre. Il aimait la poésie au point d’en faire un art de vivre. Il célébrait tout événement par un vers d’Apollinaire ou de Ronsard.

6. Le président de la République a défini Stéphane Hessel comme un citoyen sans frontière, un Européen sans Constitution, un militant sans parti, un optimiste sans limite. Je suis particulièrement heureux que cette rencontre ait lieu ce jour à l’Institut, que nos amis tchèques appellent affectueusement la Stepanska, qu’elle ait lieu à Prague, lieu emblématique du combat pour les droits de l’homme, avec des personnalités comme vous dont l’engagement dans cette lutte est connu.

Un grand merci à Literarni noviny d’avoir organisé ce débat.

Pierre Lévy

Photos : Philippe Dollo

[1Václav Bělohradský : philosophe et politologue, universitaire. Michael Hauser : professeur de philosohie, fondateur de l’association SOK. Jiří Pehe : homme politique, journaliste, publiciste. Jan Urban : journaliste, signataire de la Charte 77, co-fondateur du Forum civique.

Dernière modification : 10/04/2013

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