Introduction à la commémoration du petit-déjeuner avec les dissidents (11 décembre 2013) [cs]

Commémoration du 25ème anniversaire du petit-déjeuner de François Mitterrand avec des dissidents tchécoslovaques.

Prague – Palais Buquoy – 11 décembre 2013

Chers collègues du Corps diplomatique,

M. le directeur exécutif de Forum 2000, Cher Jakub Klepal,

Mesdames et messieurs,

Je souhaite avant tout vous souhaiter la bienvenue à l’Ambassade de France pour une réunion dont l’origine a été la proposition exprimée par Forum 2000 de commémorer le 25ème anniversaire de la rencontre dans ces mêmes lieux, le 9 décembre 1988, entre le Président François Mitterrand et des dissidents tchécoslovaques, tous membres du noyau dur de la Charte 1977 : Václav Havel, Rudolf Battěk, Jiří Dienstbier, Miloš Hájek, Ladislav Lis, Václav Malý, Petr Uhl ainsi que Karel Srp dont je salue très chaleureusement la présence parmi nous.

Avec le recul du temps, il est aisé de comprendre l’importance de ce petit-déjeuner lorsque l’on considère le rôle que jouèrent environ un an plus tard dans la transition démocratique les personnalités invitées, et les importantes responsabilités politiques que plusieurs d’entre elles ont ultérieurement occupées.

Quelques années après sa rencontre avec le dissident Vaclav Havel, François Mitterrand eut l’occasion de remettre au Président Havel le prestigieux Prix Charlemagne, lors d’une cérémonie organisée à Aix-la-Chapelle en 1991, à l’invitation du Chancelier Helmut Kohl. Dans son discours, François Mitterrand rappela de la façon suivante le petit-déjeuner de décembre 1988 en s’adressant personnellement à Vaclav Havel. Je le cite : « J’évoquerai un souvenir personnel. Je me suis rendu dans votre pays pour y représenter le mien. Cette visite officielle a eu lieu sous le régime précédent. J’avais souhaité, c’était une condition posée à ce voyage, rencontrer ceux qui refusaient, qui résistaient, vous-même au premier chef. Nous avons pu comme cela partager un bref repas, un matin, avec vous-même et quelques-uns de vos compagnons dont certains sont au gouvernement aujourd’hui ».

Sa volonté de rencontrer les dissidents lors de son déplacement en Tchécoslovaquie, le premier alors d’un Chef d’Etat français, François Mitterrand l’exprima aussi publiquement dans une interview à la Radio Tchécoslovaque la veille de sa visite, en déclarant : « Je rencontrerai plusieurs représentants de la société, y compris de l’opposition. Je m’exprimerai librement, avec le respect dû à un Etat et à un peuple.”
Le président Mitterrand posera la même condition de contacts avec la dissidence lors d’autres déplacements officiels derrière le rideau de fer, notamment en Bulgarie, en janvier 1989, où il reçut à l’ambassade, également pour un petit déjeuner, des dissidents dont le futur président Jeliou Jelev, puis, en Pologne en juillet 1989 où il rencontra Lech Walesa à Gdansk.

C’est ainsi que dans les mois précédant la chute du mur de Berlin, François Mitterrand rencontra trois futurs chefs d’Etat de nouvelles démocraties du centre et de l’est de l’Europe. Cet élément souligne clairement que ces rencontres avec les principaux dissidents des pays dans lesquels il se rendait étaient considérées par François Mitterrand comme une expression déterminée et cohérente de soutien à l’opposition démocratique. Un geste de soutien qui s’appuyait en particulier sur la conviction de la fragilité des régimes en place.

Là également, j’aimerais citer une phrase du discours de François Mitterrand à Aix-la-Chapelle, s’adressant toujours à Vaclav Havel : « En vous quittant, nous sommes allés saluer les autorités de l’époque. Et sur la place du palais, nous avons parlé de ce voyage, j’ai montré l’ensemble des dignitaires qui m’avaient accueilli et qui saluaient mon départ. J’ai confié à ceux qui étaient là : "regardez-les bien, ils vont disparaître, nous ne les verrons plus". Et c’est vrai, on ne les voit plus mais vous, Vaclav Havel, vous êtes là ».

Pour ajouter un élément qui m’est personnel, j’aimerais dire qu’alors jeune agent du Protocole en poste, j’ai eu l’occasion de participer à l’organisation matérielle des deux visites en Bulgarie et en Pologne, en 1989, et de faire partie des délégations techniques qui accompagnèrent le Président Mitterrand ; j’en conserve un souvenir fort, en particulier de l’atmosphère qui régnait à Gdansk à l’issue de la rencontre avec Lech Walesa.

Malheureusement, je n’étais pas à Prague en décembre 1988, contrairement à mon collègue Stanislas Mrozek, alors premier secrétaire à l’Ambassade et chargé des contacts réguliers avec les dissidents, qui, actuellement en poste en Allemagne, est aujourd’hui parmi nous et nous fera dans un instant part de son expérience car il participa au petit-déjeuner.

Mais, succédant à Stanislas et étant arrivé à Prague dans les semaines suivant la Révolution de velours, j’étais présent à l’ambassade lorsqu’en septembre 1990, au cours de sa première visite dans la Tchécoslovaquie redevenue démocratique, François Mitterrand avait souhaité inviter à un petit-déjeuner commémoratif les participants de celui de 1988 auxquels se joignirent également Jiri Hayek et Alexander Dubcek.

J’étais encore en poste à Prague lorsque le Président Mitterrand fit une nouvelle visite, le 9 décembre 1993, et, le jour-même du 5ème anniversaire du petit-déjeuner, invita à un déjeuner à l’Ambassade Vaclav Havel et les autres premiers participants.

Le fait que François Mitterrand ait souhaité à deux reprises recréer en quelque sorte le petit-déjeuner de 1988, exprime, je crois, très bien, toute la portée et le sens qu’il attribuait personnellement à cette rencontre. Et si, depuis lors, celle-ci demeure régulièrement commémorée, comme aujourd’hui même, un quart de siècle plus tard, c’est qu’elle a en effet une valeur symbolique qui demeure toujours vivante.

S’il y a également un autre élément symbolique qui apparaît immédiatement, c’est sans doute la date même du petit-déjeuner, le 9 décembre, veille de la Journée internationale des Droits de l’Homme.
La thématique de la gouvernance démocratique ainsi que des droits de l’Homme et de leur universalité est en effet aussi au cœur de notre rencontre d’aujourd’hui. Et le défi qui, sans doute, doit à présent être relevé et qui est au centre de l’approche des droits de l’Homme de la France comme de ses partenaires européens et bien au-delà, consiste à transformer les droits de l’Homme en droits collectifs et individuels, c’est-à-dire de passer de l’idéal invoqué, notamment dans la déclaration universelle de 1948, à la norme appliquée.

En conclusion, je ne pense pas que l’on puisse évoquer la lutte pour les droits de l’Homme et pour la démocratie sans saluer le courage, l’action et l’esprit de sacrifice de quelques-uns. Nous avons tous beaucoup d’exemples à l’esprit ; mais aujourd’hui, je voudrais évoquer, outre Vaclav Havel et les dissidents tchécoslovaques, deux figures remarquables qui viennent de disparaître.

L’une est directement liée à des évènements dramatiques de l’histoire de ce pays, c’est Natalia Gorbanevskaia qui avait protesté à Moscou en 1968 contre l’invasion de la Tchécoslovaquie. Un hommage appuyé lui a été rendu récemment à Prague. Elle est décédée il y a une dizaine de jours à Paris où elle avait trouvé depuis une trentaine d’années une terre d’exil et d’accueil.

L’autre figure que je ne peux omettre est bien sûr celle de Nelson Mandela dont le combat pour la liberté, la réconciliation et la démocratie est pour tous un exemple et une source d’admiration et d’inspiration.

Je vous remercie et laisse à présent la parole à Jakub Klepal.

Dernière modification : 12/06/2015

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