Discours de remerciements à Plzeň [cs]

Mardi 4 juin 2013, l’Ambassadeur de France M. Pierre Lévy a convié à l’Alliance française à Plzen, en présence du maire de la ville M. Martin Baxa, tous ceux qui ont contribué aux secours, aux soins médicaux, à l’accueil et au transport des victimes de l’accident de l’autocar français survenu le 8 avril 2013 sur l’autoroute près de Rokycany en Bohême de l’Ouest.

Monsieur le Maire,

Monseigneur,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je vous remercie avant tout d’être parmi nous alors même que les services de secours sont très sollicités actuellement en raison des inondations. Je n’ai pas souhaité reporter notre rencontre pour vous exprimer à mon tour notre solidarité dans cette épreuve. Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès d’un pompier aujourd’hui et partageons votre peine et celle de sa famille.

Je suis très heureux de vous revoir aujourd’hui et suis reconnaissant à l’Alliance Française de Plzen de nous accueillir. Je reviens à Plzen, avec mon équipe de l’ambassade de France à Prague, avec un seul objectif, un seul message, un seul mot : merci.

J’ai tenu en effet à venir vous remercier de vive voix, exprimer ma reconnaissance à toutes celles et ceux qui étaient avec nous pour faire face à ce terrible drame le 8 avril : vous, M. le Maire et les services sous votre autorité, les représentants des services de soins et de secours (l’hôpital universitaire de Plzen-Lochotin, le centre opérationnel des pompiers de Plzen, les secours d’urgence, les différents services de police, l’école 31) ; les bénévoles ou professionnels, l’évêché de Plzen, les traducteurs-interprètes, l’hôtel Ibis du groupe Accor, ainsi que des membres de la communauté française. Je n’oublie pas non plus le personnel de l’hôpital de Rokycany ou encore les frères venus de l’Abbaye de Novy Dvur.

Cet événement n’est pas une rencontre franco-tchèque comme les autres. Nous gardons à l’esprit ce qui nous rassemble ici :

-  un accident d’autocar, survenu le 8 avril 2013 au petit matin, près de Rokycany ;

-  le souvenir de ces familles et du collège Notre Dame de Reims, précipités brutalement dans le deuil, la douleur, l’angoisse.

Nos premières pensées vont vers ceux qui ont perdu la vie, Charlène Hénon et Marc Piétras, le chauffeur du car, et vers leurs familles dont la dignité dans l’épreuve nous a impressionnés.

Nous sommes de tout coeur avec les accidentés et, parmi eux, avec ceux qui l’ont été gravement, enseignants ou élèves et qui n’ont pu être rapatriés chez eux qu’au bout de plusieurs jours : le jeune Augustin Chaudré, Mme Michèle Lampire, MM. Olivier Waguette et Frédéric Sacksteder.

De bonnes nouvelles nous sont parvenues d’eux récemment – je pense en particulier à Augustin Chaudré qui est à nouveau parmi ses amis à l’école et rêve de connaître Prague un jour - ; ces bonnes nouvelles, nous le savons, elles doivent beaucoup à l’accueil et aux soins reçus ici à Plzen. J’y reviendrai dans un instant.

Un accident d’autocar sur une autoroute ; un évènement tel qu’il en arrive trop souvent en Europe et dans le monde. Une inquiétude fréquente que chaque parent éprouve en voyant partir ses enfants. Un voyage qui se transforme en cauchemar. Ces collégiens et leurs accompagnateurs allaient à la découverte de votre pays. Leur voyage avait été soigneusement préparé, il ne s’agissait pas d’une simple promenade touristique mais d’un véritable parcours pédagogique.

Cette découverte n’a pas eu lieu. Mais cette nuit dans laquelle le groupe a été plongé a eu aussi ses moments de lumière, grâce à vous, grâce à nous tous. Nous avons agi ensemble de manière efficace. Nous aussi, finalement, avons fait un voyage collectif, inattendu, éprouvant, émouvant, mais aussi riche d’enseignements.

Cette gestion de crise qui nous a tant mobilisés restera marquée, pour nous, par deux caractéristiques :

- l’efficacité : celle des services de secours, dès la première heure, sur l’autoroute, puis à Rokycany et à Plzen ; celle des hôpitaux de Rokycany et de Plzen, ; des services de la mairie (mise à disposition de l’école 31 pour les accidentés légers). La gestion de crise a permis de constater l’efficacité, le sang-froid et la détermination de chacun. Les contacts ont été facilement établis et nourris tout au long de la situation de crise, avec moi-même et mon équipe, avec les familles des blessés, avec les médecins envoyés depuis la France par l’assureur.

- la solidarité : les nombreuses marques de solidarité se sont exprimées à tous les niveaux. En route vers Plzen, le lundi matin, j’ai reçu un appel téléphonique de M. Karel Schwarzenberg. Le Ministre des affaires étrangères m’a exprimé un message d’émotion et de solidarité et m’assuré du concours des autorités tchèques. Le cardinal Duka m’a envoyé un message très réconfortant. Des bénévoles nous ont rejoint, en particulier les francophones de Plzen, enseignants, étudiants, ainsi que nos compatriotes. L’hôtel Ibis du groupe français Accor a hébergé gracieusement des familles.

Chez nous, le Président François Hollande a présenté ses condoléances à la famille et aux proches de l’élève tuée et remercié les autorités tchèques pour toute l’aide apportée pour faire face à ce drame.

A tous ceux qui, de près ou de loin, ont aidé, j’exprime à nouveau aujourd’hui, comme je l’avais fait sur place et via le site internet de l’ambassade de France, nos sincères et vifs remerciements. Je sais qu’avec moi ce sont aussi les familles des collégiens de Reims, la direction du collègue Notre-Dame et les autorités locales mobilisées sur place, le Ministre de l’Education nationale, le Préfet de Champagne-Ardenne, qui vous expriment leur reconnaissance.

L’activité quotidienne d’un diplomate est très variée, politique, économique, culturelle. Je sais aussi qu’elle peut paraitre abstraite ou futile, - l’image caricaturale du diplomate dans un cocktail -. Mais il entre dans nos missions d’aider nos compatriotes et, - je le précise au passage-, les ressortissants européens dans les pays extérieurs à l’Union européenne où leur pays n’est pas représenté. C’est un avantage très concret au titre de la citoyenneté européenne dont d’ailleurs j’ai vu des Tchèques bénéficier.
Cela va des demandes les plus courantes et anodines, par exemple faire des documents d’identité le dimanche pour les touristes français qui perdent ou se font voler leurs papiers à Prague, jusqu’aux situations les plus exceptionnelles et dramatiques comme celle que nous avons vécue.

Je vous avoue que ce métier me donne beaucoup de satisfactions, tout particulièrement ici, dans ce magnifique pays. Mais ma satisfaction la plus forte est celle consistant à accomplir sa mission au service de mes compatriotes dans l’épreuve. Je sais que mes collaborateurs éprouvent le même sentiment. Et cela, c’est à vous que nous le devons, vous nos amis tchèques, très largement. J’imagine d’ailleurs que les grands professionnels que vous êtes ont également la même satisfaction du devoir accomplis.

En définitive, cette épreuve si redoutable a été le moment d’une forte rencontre entre des Français et des Tchèques.

Pour terminer, je voudrais en retenir quelques grandes leçons :

- le facteur humain dans la gestion d’une crise reste essentiel : vous nous l’avez montré et je ne l’oublierai pas ; les blessés ont été traités par les secouristes et les soignants comme s’il s’agissait de leurs enfants. Je me souviens de ces policiers sur les lieux de l’accident le matin, présents le soir, en civil, dans l’école pour dire au revoir aux enfants rapatriés dès le premier jour ;

- la francophonie : chacun le sait maintenant ici, elle correspond à une réalité très concrète. Je suis heureux de le souligner dans une Alliance française que nous souhaitons –avec vos services Monsieur le Maire- contribuer à rénover et à renforcer. A Plzen, j’ai vu se mobiliser ceux qui avaient avec nous un point commun, la connaissance du français. Le souci de l’autre et la connaissance du français : quelle belle alliance et, là encore, quel privilège d’en avoir été le témoin direct ;

- enfin la relation franco-tchèque : ce qui s’est passé à Plzen ne me surprend pas, bien au contraire. Mais ces événements démontrent combien il est important de mieux nous connaître, d’entretenir nos réseaux de contacts. L’Europe unie se construit dans ces moments de rencontre et d’entraide, dans la joie ou dans la peine. Il faut s’y préparer : c’est le rôle d’une ambassade de tisser des liens et de les faire vivre. Je suis certain que nous y avons contribué aujourd’hui.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 13/06/2013

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