Discours de remise de l’Ordre des Arts et des Lettres à Mmes. Zuzana Kopečková et Markéta Semerádová (19 mars 2014) [cs]

Discours de remise des insignes de l’Ordre des Arts et des Lettres à Mmes Zuzana Kopečková et Markéta Semerádová, le 19 mars 2014 au Palais Buquoy.

Madame Zuzana Kopečková,

Madame Markéta Semerádová

C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir, toutes les deux, en présence de vos amis et de vos proches, ce soir au Palais Buquoy, lieu emblématique des relations franco tchèques depuis plus de neuf décennies. Nous sommes en effet réunis pour vous exprimer la gratitude de mon pays en vous distinguant dans l’Ordre des Arts et Lettres, décoration octroyée par notre ministère de la culture. La République française reconnait ainsi vos services éminents à la musique et à l’enseignement pour vous chère Markéta, à la promotion de la cinématographie française et à la francophonie pour vous Madame Kopečková mais surtout - et cela vaut bien sûr pour l’une et l’autre - pour le renforcement des liens que vous avez su tisser entre nos deux pays, pendant près de deux décennies.

Pour avoir été en poste dans ce pays dans les mois qui ont suivi la révolution de velours, je sais combien l’inscription dans la durée des relations culturelles entre nos deux pays est redevable à tous ceux qui ont fait le choix, juste après les changements politiques de la fin des années 80, de privilégier des coopérations avec mon pays. Si les relations franco-tchécoslovaques avaient connu un âge d’or avant-guerre, il s’agissait - après 40 années de séparation forcée - de tisser à nouveau les liens entre nos deux sociétés civiles. Il y a vingt ans, le préalable à ce changement ambitieux, était d’abord de mieux nous connaitre. Or, toutes les deux, dans des contextes professionnels très différents, vous avez fait ce choix de travailler avec des partenaires français, d’apprendre de leur expériences, de leur apporter également beaucoup, de mieux connaitre et faire connaitre dans vos milieux professionnels respectifs nos pratiques culturelles, nos choix et parfois nos contradictions. C’est aussi cela que nous souhaitons honorer ce jour.

Ainsi, Madame Zuzana Kopečková, toutes les rencontres auxquelles vous avez assistées avec vos partenaires d’Unifrance qui sont chargés d’exporter le cinéma français, tous les salons que vous avez du fréquenter – je pense notamment au marché international des contenus audiovisuel - le MIPCOM pour les initiés- de Cannes ou les rencontres de TVFI (Télévision France international) de Biarritz vous ont permis de bien connaitre nos productions. Grâce à vous, par le biais de la télévision, c’est un peu de France qui rentre parfois dans le quotidien des foyers tchèques.

Quant à vous, Markéta, vos rapports avec notre pays ne sont pas confinés à l’histoire de la musique et aux influences bilatérales réciproques en musique ancienne ou baroque. Très tôt, vous avez aussi travaillé avec des Français, vous avez monté des projets avec eux, vous avez échangé les savoirs, les pratiques instrumentales, les expériences. Je ne prendrai qu’un seul exemple : votre collaboration exemplaire avec le Festival de Sablé sur Sarthe qui a débouché sur l’organisation de l’Académie internationale de musique ancienne de Prague. Je veux d’ailleurs saluer la présence de Monsieur Jean-Bernard Meunier, ancien directeur du festival de Sablé qui, par sa présence ce soir, a voulu - à sa manière - vous témoigner notre reconnaissance commune.

Chacun de nous comprendra combien cette distinction des Arts et Lettres est méritée. Elle distingue votre engagement mais également votre choix de travailler avec mes compatriotes et, par la même, la volonté de mieux faire reconnaitre notre pays, ici, en République tchèque.

Permettez-moi maintenant de m’adresser à chacun de vous en particulier.

Madame Kopečková,

Depuis plus de deux décennies vous travaillez à la télévision publique tchèque au Département des acquisitions et de la programmation des œuvres étrangères. Votre connaissance des milieux cinématographiques étrangers - je veux en effet signaler, que cette connaissance dépasse largement le seul cadre français - vient d’un intérêt culturel marqué mais également d’une curiosité contrariée. En effet, vous n’avez pas été autorisée à poursuivre des études de cinéma – nous étions avant la Révolution de velours - parce que vos parents avaient pris des positions politiques hostiles au régime d’alors. Je veux à cet égard saluer la présence de votre Maman parmi nous ce soir et lui dire que nous partageons votre joie de l’avoir parmi nous, ce soir. En dépit de cette interdiction, et des études d’économie que vous avez brillamment suivie à la VSE, vous vous passionnez très vite pour le 7eme art. Dès que l’ancien régime tombe, vous entrez à la télévision où vous êtes chargée des acquisitions. Vous vous efforcez de ne pas vous limiter aux classiques mais au contraire vous privilégiez la nouveauté lorsqu’elle appartient au registre de l’excellence. Pour autant, vous n’excluez aucun genre et c’est la raison pour laquelle, les comédies, les séries policières, particulièrement prisées par le public tchèque, sont aussi dans votre programmation. Votre très bonne connaissance de notre cinéma vous permet des choix judicieux que vous savez présenter au public tchèque en mettant en place des cycles et des portraits des grands réalisateurs. Le ciné-club de la télévision vous doit ainsi beaucoup.

Par votre action, vous avez conféré au cinéma français une place de choix et surtout une visibilité dans le paysage télévisuel tchèque. Cette Ambassade vous en est particulièrement reconnaissante comme elle sait apprécier l’aide que vous apportez à l’Institut français de Prague lors du festival du film français. C’est à la fois votre activité inlassable, votre connaissance de notre pays mais également votre pouvoir de conviction que nous souhaitons honorer ce soir.

Markéta Semerádová,

Je suis sûr de ne pas prendre un grand risque en vous disant, chère Markéta, que la musique fait partie de votre univers. Vos parents, votre sœur, votre frère - ici présents avec leur famille respective - et que je salue sont tous en lien, d’une manière ou d’une autre, avec l’univers musical et en particulier avec la musique baroque. C’est donc bien normal qu’après vos études à l’Université Charles, vous vous soyez lancée très vite dans les deux activités que nous avons voulez honorer ce soir : L’enseignement et la production culturelle.
Voilà presque 20 ans que vous participez activement au Collegium Marianum – École de Týn, établissement d’excellence où sont enseignées la musicologie et les pratiques musicales sur instruments anciens. C’est dans le cadre de ces activités pédagogiques que de nombreuses activités internationales - culturelles et didactiques – sont menées à bien. Les collaborations avec les musicologues ou des musiciens français sont nombreuses, je ne veux citer que les masters classes de musique ancienne qui furent données à Prague avec bon nombre de mes compatriotes, le claveciniste Jérôme Correas ou le metteur en scène, spécialiste de théâtre baroque Benjamin Lazar. C’est ce lien privilégié qui vous a permis de mettre en place progressivement les fondements du prestigieux festival de musique ancienne qui se déroule désormais tous les étés à Prague et qui fait désormais partie des festivals de réputation européenne.
Car en plus de votre travail scientifique sur la réception des œuvres baroques en Europe centrale, vous avez œuvré à mieux faire connaitre les artistes français en République tchèque, le plus souvent en les invitant dans le cycle des soirées baroques ou dans votre festival. Les interprètes français de musique ancienne et de musique baroque vous doivent beaucoup. C’est grâce à vous – à une époque où il n’était connu que par les initiés – que Philippe Jaroussky est venu pour la première fois à Prague avec l’ensemble Musica Florea. C’est vous qui avez invité à Prague les ensembles Doulce Mémoire ou le Poème harmonique ou les solistes qui sont désormais reconnus comme le contre-ténor Damien Guillon ou le claveciniste Bertrand Cuiller. J’ai mentionné tout le travail accompli avec le festival de Sablé sur Sarthe, je veux simplement souligner que cette collaboration exemplaire a su inscrire dans la durée les liens entre musiciens, musicologues et interprètes tchèques et français. Ce travail se poursuit actuellement avec le soutien de l’Institut français de Prague. Nous nous en réjouissons.

C’est donc à la fois pour récompenser tous vos efforts pour la promotion de la musique ancienne et baroque françaises mais également pour votre collaboration exceptionnelle de près de 15 ans avec les artistes et les institutions musicales – privées et publiques - de mon pays que nous avons voulu vous distinguer.

Madame Kopečková, Madame Semerádová,

Depuis plus plusieurs décennies, vos travaux sont - à leur manière - le réceptacle de cette relation si féconde, si intelligente et si vivante qui unit la République tchèque et la France. Que cette relation particulière soit passée par la musique et par le secteur audiovisuel, demeure un motif de satisfaction particulier pour nous et donc une joie singulière de pouvoir récompenser ce travail.

Madame Zuzana Kopečková, pour votre contribution au renforcement des relations franco-tchèques au nom du Ministre de la Culture et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous remets les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Monsieur Markéta Semerádová, pour votre contribution au renforcement des relations franco-tchèques au nom du Ministre de la Culture et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous remets les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Dernière modification : 12/06/2015

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