Discours lors du petit déjeuner de travail avec le Comité mondial des Femmes Chefs d’Entreprises Mondiales (8 avril 2016)

Je suis très honoré d’intervenir à l’occasion du Comité mondial de Femmes Chefs d’Entreprises Mondiales.

Je suis d’autant plus heureux d’être parmi vous que c’est en France que FCEM a été lancée en 1945. La question de la défense des droits des femmes n’est donc pas une idée neuve en Europe. C’est en tout cas une thématique qui me tient à cœur. L’ambassade de France à Prague a engagé depuis près de trois ans une coopération étroite avec des associations de femmes.

Je me réjouis tout particulièrement de notre coopération avec l’Association tchécomorave de femmes chefs d’entreprises et managers (Českomoravská asociace podnikatelek a manažerek) qui a permis l’organisation de l’événement de ce matin. Je voudrais remercier chaleureusement Olga Girstlová présidente de ČMAPM et Lucie Pilipová, sa vice-présidente.

Je suis ravi de vous accueillir à ce petit-déjeuner débat consacré à la question du genre. Je salue la délégation française et les autres participants au Comité mondial de FCEM. Je remercie également les chefs d’entreprises français établis à Prague qui se sont joints à nous.

La question du genre et de l’égalité est multiforme. Elle se pose dès l’école : doit-on enseigner la ou les théories du genre ? Comment lutter contre une forme de prédestination : les filles dans les filières littéraires, les garçons davantage dans l’enseignement scientifique et technique. La question du genre se pose dans les entreprises puisque toutes les études montrent, par exemple, la sous-représentation des femmes dans les conseils d’administration.• La question du genre se pose dans l’administration : comment favoriser l’accès aux femmes à des postes à responsabilité ? comment éviter de les voir rester cantonnées à des tâches d’exécution ? Cela vaut aussi pour les forces de sécurité (police, gendarmerie, armée) ou pour les assemblées politiques, au niveau local comme national. Cela vaut pour les médias, publics comme privés…

Il y a sans doute plusieurs manières de répondre à ces défis. C’est là-dessus que ce sera intéressant de vous entendre. Que doit-on faire pour donner aux femmes la place qui leur revient dans la société ? Doit-on imposer des quotas, des objectifs ? Doit-on laisser le mouvement venir des associations ?

Je crois profondément à la complémentarité des deux approches :
-  le mouvement doit partir des associations, des femmes elles-mêmes. FCEM est une excellente illustration : elle favorise le networking, la solidarité aussi. Vous, femmes entrepreneurs, jouez un rôle modèle pour d’autres femmes.
-  l’impulsion donnée par les pouvoirs publics est cependant tout aussi importante.

On ne pourra avancer qu’à condition, pour reprendre une métaphore militaire, qu’une attaque soit lancée sur deux fronts : bottom up et top down.

Le modèle parfait n’existe pas et il est important de partager nos bonnes pratiques, de s’inspirer des succès des autres, mais aussi de leurs échecs, d’adapter les bonnes pratiques des autres à son propre contexte.

Je vais essayer de vous présenter rapidement le choix fait par la France en matière de politique du genre et de l’égalité. La démarche a été volontariste avec des objectifs fixés et imposés. Les résultats sont plutôt encourageants même si des améliorations sont encore nécessaires.

A l’école d’abord : L’égalité des filles et des garçons est inscrite comme une obligation légale et une mission fondamentale pour l’Éducation nationale. Ce principe a été inscrit pour la première fois dans une loi en 1989. Il a été associé à celui de mixité dans une loi de 2005. Pour lutter contre les inégalités entre les filles et les garçons, des « ABCD de l’égalité » ont été expérimentés en 2013 et un plan d’action pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école a été lancé en 2014. Il vise à former les enseignants, à leur donner les outils nécessaires pour éduquer à l’égalité et au respect entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes.

Dans l’administration, on est parti d’un constat : 61 % des agents de la fonction publique sont des femmes mais plus de 70 % des emplois de direction dans la fonction publique sont occupés par des hommes. Pour remédier à cet état de fait, des mesures volontaristes ont été mises en place avec des objectifs à atteindre. Une loi de 2012 fixe un objectif d’au moins 40% de femmes parmi les nouvelles nominations aux emplois de cadres dirigeants et de direction de l’État d’ici le 1er janvier 2018. Le gouvernement s’est engagé à ce que cet objectif soit atteint avec un an d’avance sur ce que prévoit la loi, soit au 1er janvier 2017. Un exemple pour le ministère des affaires étrangères : depuis 2012, le nombre des ambassadrices est passé de 22 à 48, soit près de 30% des ambassadeurs. On doit, on va évidemment encore améliorer cette proportion.

Pour les entreprises, une loi sur la parité en conseil d’administration et de surveillance a été votée en 2011. Elle s’applique à toutes les sociétés anonymes mais aussi aux entreprises publiques. La loi prévoit une montée en puissance progressive : 20% de femmes membres d’ici 2014, 40% d’ici 2017. Cet objectif s’accompagne de sanctions en cas de non respect (suspension des jetons de présence, nullité des délibérations et des nominations). Le résultat est tangible : dans les conseils d’administration, le taux de féminisation est en constante progression en France. Il était en 2015 de 32,4% (contre 20,2% en moyenne pour l’ensemble de l’Union européenne) ce qui fait de la France le leader en Europe. Un grand défi reste cependant à relever : celui de la féminisation des présidences des conseils d’administration.

Plus largement pour les entreprises, la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes du 4 août 2014 que j’ai déjà citée prévoit plusieurs dispositions pour rendre effective l’égalité professionnelle et salariale. Un exemple : les entreprises doivent, pour les contrats conclus à compter du 1er décembre 2014, respecter les exigences d’égalité professionnelle pour pouvoir accéder aux marchés publics.

Je pourrais citer plein d’autres exemples d’avancées obtenues grâce à la mise en place d’une législation contraignante ou tout simplement de bonnes pratiques.

Je pense aux médias où le problème est double : 1) sous-représentation des femmes, 2) nombreux médias qui continuer à véhiculer des stéréotypes. Les chaînes de télévision et de radio françaises sont désormais évaluées sur la base d’indicateurs de la représentation qualitative et quantitative des femmes. Parallèlement à cela, la télévision et la radio publiques se sont associées à Egalis, une association « umbrella » d’ONG et de sociétés de conseil engagées en faveur de l’égalité Hommes-Femmes. Elles sont parties d’un constat : seulement 20% des experts invités à s’exprimer dans les médias en France sont des femmes. Elles ont donc lancé un site internet (expertes.eu) qui permet à des expertes de s’inscrire et de constituer ainsi une base de données au sein de laquelle les médias peuvent aller piocher lorsqu’ils souhaitent faire intervenir un expert.

Je voudrais aussi évoquer rapidement la parité dans la vie politique. Le principe de parité est inscrit dans la Constitution depuis 1999 (« la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives »). Cela se matérialise concrètement. Première illustration : le Gouvernement respecte la parité, chez les Ministres comme chez les Secrétaires d’Etat. Autre exemple : les scrutins locaux appliquent tous le principe de parité, avec des modalités différentes selon le mode de scrutin (liste ou nominal).

Voici donc quelques pistes qui ont permis à l’égalité de progresser en France. La route est cependant encore longue et je me réjouis de vous entendre sur votre perception de ce qui marche, de ce qui ne marche pas, de ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire.

Merci pour votre attention.

Dernière modification : 11/04/2016

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