Forum Exporation pour petites et moyennes entreprises tchèques consacré à la France (3 novembre 2015) [cs]

Messieurs le Président,
Mesdames et Messieurs,

Je souhaite avant tout vous remercier de l’invitation que vous m’avez adressée. Lorsque l’association des exportateurs tchèques choisit de mettre à l’honneur un pays à l’occasion d’un forum tel que celui-ci, cela signifie en effet qu’elle le considère comme un partenaire de premier plan.

Vous avez en cela parfaitement raison. Les chiffres sont là pour le prouver. Car la France, appréciée dans ce pays pour sa culture, son offre touristique ou son art de vivre, est aussi, aujourd’hui, le 5ème partenaire commercial de la République tchèque. Elle est également depuis 2014 son 4ème client. Plus encore, la France est le premier partenaire commercial européen « non frontalier » de la République tchèque, puisque seules l’Allemagne, la Pologne et la Slovaquie voisines la précèdent par le volume du commerce bilatéral.

Les échanges commerciaux entre nos deux pays avoisinent désormais les 10 milliards d’euros, un seuil qui permet à la République tchèque d’intégrer le groupe des partenaires majeurs de la France. Bien entendu, si je m’exprimais devant une autre assemblée que celle des exportateurs tchèques, je pourrais regretter que la balance de nos échanges commerciaux s’établisse nettement en défaveur de la France. Mais en l’occurrence, je ne peux que vous féliciter du dynamisme de vos exportations, puisque cette performance résulte de votre savoir-faire et de votre compétitivité. Je crois en outre que c’est en se développant encore davantage que nos échanges deviendront plus équilibrés. Et je suis persuadé qu’il existe un large espace pour faire croître notre commerce bilatéral.

Il suffit d’ailleurs de regarder l’évolution de nos échanges en une décennie. Depuis 2004 en effet, le volume du commerce bilatéral a augmenté de 140%, et les exportations vers la France de produits tchèques ont doublé. Cette évolution impressionnante résulte de la présence de la République tchèque dans le Marché unique dont elle bénéficie pleinement puisque 4/5ème des exportations tchèques partent vers les Etats membres de l’UE. C’est bien sûr aussi grâce à la puissance de votre tissu industriel et parce que, dans les domaines de la mécanique, de l’électronique, ou encore des équipements de transport, l’appareil de production tchèque est devenu une référence mondiale. En témoigne le volume croissant de vos exportations vers la Chine, qui, même si sa croissance économique ralentit, demeure le plus grand atelier du monde.

S’agissant des échanges avec la France, il serait toutefois injuste de passer sous-silence un facteur important de ce déséquilibre, à savoir l’implantation sur le sol tchèque d’un grand nombre de sites industriels français dont les activités sont essentiellement tournées vers l’exportation, y compris, bien entendu, en direction de la France. Je pense en premier lieu à TPCA, dont nombre de véhicules prennent la direction du marché français, mais aussi à Valéo, Faurecia ou encore Sanofi. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls, car un nombre croissant d’industriels français, y compris des PME, font désormais appel à leurs partenaires tchèques afin d’intégrer à leur offre globale des composants leur permettant d’accroître leur compétitivité.

Au-delà de sa place de partenaire commercial, la France, grâce à ses entreprises, est également un investisseur majeur dans ce pays. Pour l’année 2014, selon les chiffres publiés par la banque centrale, la France, avec plus de 500 entreprises employant 100 000 personnes, a été le 4ème investisseur étranger en République tchèque. Outre celles que j’ai déjà mentionnées, des entreprises telles que Saint-Gobain, Veolia, Suez, Société Générale ou Bongrain emploient, chacune, plusieurs milliers de personnes dans ce pays. Si l’importance de la présence française semble parfois sous-estimée, c’est probablement parce que nos entreprises sont parfaitement intégrées dans le tissu économique tchèque et font, d’une certaine manière, partie du paysage. Il me semble néanmoins nécessaire, lorsque l’occasion se présente, de le rappeler parce que les échanges commerciaux et les investissements constituent une dimension essentielle de nos relations bilatérales dont ils contribuent à la qualité.

La progression rapide de l’économie de votre pays - qu’illustre cette année un taux de croissance record, probablement supérieur à 4,5%, le plus élevé en Europe - la qualité de son industrie, la santé financière de ses entreprises, devraient nous permettre de franchir, très prochainement, une nouvelle étape de notre relation bilatérale. A cet effet, deux pistes méritent, à mon avis, d’être poursuivies.

La première de ces voies est celle de l’investissement tchèque en France. Deux économies matures et complémentaires telles que les nôtres ne peuvent coopérer efficacement si la balance de leurs investissements croisés apparait trop inégale. Or, s’il était bien naturel, au cours des deux décennies écoulées, que cette balance s’établisse largement en faveur de la France, le temps semble venu d’un accroissement sensible du volume des investissements tchèques sur le sol français.

Le moment est d’autant mieux choisi que l’environnement des affaires et les conditions d’investissement en France se sont, au cours des dernières années, considérablement améliorés. La France s’est considérablement réformée ; elle doit continuer et elle le fait. Ceux d’entre vous qui suivent l’actualité française savent sans doute que, dans les domaines cruciaux de l’aide à l’innovation, de la modération des charges sociales, de l’aide à l’embauche, de la simplification des formalités administratives et de la rationalisation du droit du travail, un long chemin a été parcouru depuis le début de la décennie en cours.

En août 2015 a été promulguée la loi pour l’activité et la croissance qui s’est donné pour objectif de favoriser la relance de la croissance, de l’investissement et de l’emploi avec différentes mesures telles que, notamment, l’ouverture des commerces le dimanche et en soirée, le soutien aux investissements productifs, la réforme de la justice du travail, et le développement de l’épargne salariale.

Cette amélioration continue de l’environnement des affaires porte ses fruits et j’aimerais rappeler quelques faits :
- La France est aujourd’hui le 1er pays en Europe pour l’accueil des investisseurs étrangers dans le secteur industriel
- Plus de 20 000 entreprises étrangères sont aujourd’hui installées en France, où elles emploient près de 2 millions de personnes.
- 30 % des exportations françaises sont réalisés par des entreprises étrangères.
- La France peut se prévaloir du 7e rang mondial pour la productivité horaire de sa main-d’œuvre, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni
- La France offre le système fiscal le plus avantageux au monde pour les activités de R&D, selon l’OCDE.
- La France est classée au 2e rang européen et 6e mondial pour les dépôts de brevets internationaux.
- La France est le 4e pays au monde pour l’accueil d’étudiants étrangers.

J’ai tenu à rappeler ces faits parce qu’il me semble qu’en dépit des progrès considérables de l’information, certains clichés et préjugés ont la vie dure comme l’a d’ailleurs mentionné M. Havlicek.

Enfin, permettez-moi de conclure en soumettant à votre jugement une seconde suggestion qui, pour certains d’entre vous, est peut-être déjà une réalité. L’un des axes qui pourrait être poursuivi, est celui d’une coopération accrue des exportateurs tchèques et français sur un certain nombre de pays tiers, en particulier dans les régions du monde, telles que l’Afrique et le Moyen-Orient, où la France peut se prévaloir de liens souvent très anciens et d’une connaissance approfondie du « terrain ». Sur ces marchés complexes mais prometteurs – je rappelle que la croissance économique de l’Afrique devrait atteindre les 5% cette année - je n’ai pas de difficulté à imaginer une coopération efficace entre exportateurs de nos deux pays, en raison même de cette complémentarité évidente de nos industries. Dans le domaine de l’énergie, des infrastructures de transport, de l’équipement des nouveaux centres industriels qui fleurissent aujourd’hui sur le continent africain, une offre franco-tchèque pourrait se révéler très compétitive et emporter de nombreux marchés.

Si cette idée vous semble intéressante, c’est à vous et à vos homologues français de décider de quelle manière ce mouvement peut être engagé, s’il doit faire l’objet d’un dialogue « institutionnalisé » entre représentants des entreprises tchèques et françaises ou s’il convient de laisser les entreprises de nos deux pays passer des accords individuels, à mesure que se présentent les opportunités d’affaires. A titre d’exemple, cette démarche a été engagée par le groupe AREVA qui s’efforce d’accompagner, sur un certain nombre de « marchés tiers », plusieurs de ses fournisseurs tchèques sur la base d’un mémorandum signé en 2012.

Indépendamment, Mesdames et Messieurs, de la méthode choisie pour la traduire dans les faits, il me semble que cette idée d’une « équipe franco-tchèque » à l’export, dont le succès ne fait à mes yeux aucun doute, est porteuse d’un bel avenir. Mes services et moi-même sommes, bien évidemment, à votre disposition pour en discuter si vous le jugez opportun.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 06/11/2015

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