Francouzsko-české ekonomické fórum (Ministerstvo průmyslu a obchodu, 8. června 2016) [fr]

Monsieur le Vice-ministre, Mesdames, Messieurs,

Evoquer les relations qu’entretiennent, sur le plan économique, la République tchèque et la France, serait pour moi la plus agréable des tâches, si je ne craignais que mon auditoire ne mette l’éloge que j’en fais sur le compte des nécessités diplomatiques.

Aussi me suis interrogé, avant de me présenter devant vous ce matin. Ne devais-je pas nuancer mon propos, modérer mon enthousiasme, apporter à ce tableau idyllique quelques nuances, une ou deux touches plus sombres afin de le rendre plus crédible…

Et puis non, finalement, j’ai décidé de rester sincère et de m’en tenir à la réalité: les relations franco-tchèques, y compris sur le plan économique, sont excellentes à tout point de vue.

En témoigne, logiquement, la vigueur de nos échanges commerciaux, qui ont progressé de 165% au cours de la décennie écoulée pour avoisiner les 10 Mds d’euros, faisant de la France le 5ème client et le 6ème fournisseur de la République tchèque.

Alors, bien sûr, on m’opposera qu’il y a un revers à cette médaille, puisque la France enregistre avec la République tchèque un déficit commercial de 2,4 milliards d’euros, le plus important en Europe centrale. Mais, en réalité, il s’agit pour une part d’un déficit « vertueux », dans la mesure où il résulte largement de l’implantation sur le sol tchèque de nombreux industriels français réexportant, à l’instar de TPCA ou Sanofi, une partie de leur production vers la France.

Et cela me conduit bien entendu – vous m’aviez vu venir – à évoquer l’investissement français en République tchèque, qui constitue, à plus d’un titre, le pilier le plus solide de notre relation bilatérale. 5ème investisseur étranger, à 6,1 milliard d’euros, en stock – et même 3ème si l’on tient compte du fait que les investissements luxembourgeois et néerlandais proviennent, pour une large part, de multinationales ayant implanté leur QG dans ces pays – la France s’est même hissée en 2015, selon les chiffres de la Banque Nationale tchèque, au 2nd rang des investisseurs en termes de flux, avec 543 millions d’euros.

Ces chiffres et ce rang étonnent, j’en suis certain, nombre d’entre vous parce que, contrairement à d’autres, les investissements français dans ce pays font l’objet d’une couverture médiatique assez modeste. La raison en est simple : avec 500 entreprises employant 100 000 personnes en République tchèque, la France fait, en quelque sorte, partie du paysage. Sa présence est considérée comme une évidence et l’on ne s’étonne plus de son développement.

En outre – et cela découle évidemment de ce que je viens de dire – la plupart des investissements réalisés ces dernières années, dans ce pays, par les entreprises françaises, ont pris la forme d’extensions de capacités industrielles, plutôt que d’opérations dites « green field », qui sont l’apanage des nouveaux venus.
Or, permettez-moi de vous poser, en toute candeur, la question suivante: l’extension de la capacité de production d’une usine a-t-elle, intrinsèquement, moins de valeur qu’une nouvelle unité de production, à supposer identiques les montants et le nombre d’emplois créés? Le doublement par Saint-Gobain, cette semaine, de la capacité de production de son usine de verre automobile, à Horovice, aurait-t-il moins de valeur que son investissement initial ?

En vérité, on pourrait aller jusqu’à défendre l’idée que les extensions de capacités réalisées, chaque année, par les industriels français en République tchèque, ont une valeur plus grande que les investissements initiaux - et cela pour au moins deux raisons.

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D’une part, ils témoignent d’un succès et d’une pérennité dont ne peuvent, par définition, se targuer les primo-investisseurs, qui doivent encore faire leurs preuves.

D’autre part, ils signifient que, loin de rapatrier leurs profits vers leurs maisons mères, les filiales françaises choisissent de les réinvestir sur le sol tchèque, où ils génèrent un supplément d’activité, d’emplois et de recettes fiscales.
Inscrites dans le long terme dans ce pays, les entreprises françaises participent au développement des régions et y soutiennent plusieurs programmes de formation en partenariat avec des universités. Je ne peux, à cet égard, m’empêcher de mentionner l’étroite coopération que certaines d’entre elles entretiennent avec l’Institut Franco-tchèque de gestion de la VSE et saluer l’implication de sa rectrice, mon amie Hana Machkova.

Au fond, telle est l’idée que, personnellement, je me fais de la présence économique de la France en République tchèque : celle d’un partenaire ancien et fidèle, qui fait partie de la vie quotidienne des citoyens au point que ceux-ci, lorsqu’ils ouvrent un robinet, empruntent une autoroute ou achètent des médicaments, ne le remarquent plus.

Au passage, je pense qu’il convient également d’insister sur une caractéristique importante de cette contribution à l’économie tchèque : les entreprises françaises réalisent dans ce pays des investissements de qualité, à forte valeur ajoutée, respectueux de l’environnement et comportant le plus souvent des transferts de technologie et de savoir-faire importants. Cette « intensité technologique » particulière de nos investissements doit être prise en compte, car elle contribue à la compétitivité, reconnue à l’échelle internationale, de l’industrie tchèque.

Néanmoins, parce qu’il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers ni verser dans l’autosatisfaction béate, il me parait important, lorsque le contexte est porteur, de se doter de nouvelles ambitions. Dans cet esprit, la France et la République tchèque pourraient, de manière réaliste je crois, relever ensemble deux défis susceptibles de resserrer encore les liens économiques qui les unissent :
-  D’une part, augmenter de manière significative les flux d’investissements tchèques en France car, en dépit de la qualité de ceux qui ont été réalisés à ce jour – je pense en particulier à PPF-SOTIO, LINET et PAPCEL– ce domaine demeure un facteur de déséquilibre de notre relation bilatérale. Or il est indéniable que nombre d’entreprises tchèques ont atteint, au cours des dernières années, un niveau de compétitivité leur permettant d’envisager avec confiance un développement sur le territoire français, où l’appui de nos autorités, nationales et locales, leur est acquis.
-  D’autre part – et je crois que cette idée est partagée par nos partenaires du Ministère de l’Industrie et du Commerce - que je remercie au passage de nous accueillir aujourd’hui dans cette salle magnifique – ils nous semble que la complémentarité des entreprises françaises et tchèques peut les conduire à se projeter ensemble vers un certain nombre de marchés de pays tiers à fort potentiel.

Je pense, en particulier, à l’Afrique, continent en plein développement, donc en forte demande d’équipements industriels, domaine dans lequel excelle la République tchèque. L’Afrique, continent prometteur, donc, mais également vaste, contrasté, complexe, où il est indispensable, pour réussir, de posséder une connaissance approfondie du terrain, des acteurs et des réseaux. De nombreuses entreprises françaises, nous en sommes convaincus, possèdent ces réseaux et pourraient les mettre à la disposition de l’industrie tchèque dans le cadre d’un partenariat équilibré.

Dans cet esprit, pourquoi ne pas organiser, fin 2016 ou début 2017, ici, à Prague, un évènement permettant de réunir entrepreneurs français implantés en Afrique et industriels tchèques soucieux d’y exporter leurs équipements et de participer aux grands projets d’infrastructures qui s’y préparent ?

Ce ne sont, bien entendu, que quelques pistes et je suis certain que les échanges que vous vous apprêtez à avoir dans cette enceinte en feront émerger d’autres, sans aucun doute plus pertinentes. Mais, que voulez-vous, les diplomates ne peuvent se retenir de penser qu’ils ont vocation à contribuer à tous les débats ; c’est ainsi, et j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.

Permettez-moi de conclure en rappelant que ce qui rapproche la France et la République tchèque, c’est aussi une certaine conception du développement économique – je pense, en particulier, aux questions énergétiques. Et je forme le souhait que cette vision commune, qui les amène fréquemment à défendre les mêmes positions au sein des forums européens et internationaux, les conduise, dans les années qui viennent, à s’engager ensemble dans des projets de grande envergure.

Sur ce dernier constat et m’en excusant d’avoir été un peu long, je vous souhaite, Mesdames et Messieurs, un excellent séminaire.

Dernière modification : 22/06/2016

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