Inauguration du buste de François Mitterrand (Prague, 13 juillet 2015) [cs]

Monsieur le Président,
Monsieur, l’Ambassadeur de Slovaquie, cher Peter Weiss,
Cher Karel Srp et chers membres de la Section de Jazz,
Cher Jan Zelenka,
Mesdames et messieurs,

C’est pour moi un honneur de prendre part aujourd’hui, en présence du président Milos Zeman, au dévoilement du buste de François Mitterrand, œuvre du sculpteur tchèque vivant en France, Jan Zelenka, et érigé ici, au coeur de Prague.

Ce buste est le fruit d’une initiative de la Section de Jazz et de son président Karel Srp. Je tiens à lui adresser tous mes remerciements pour cette initiative qui rend hommage à une personnalité politique qui a dirigé la France pendant 14 ans et qui symbolise une part de l’histoire commune entre mon pays et la Tchécoslovaquie.

Pour beaucoup, notamment en France, François Mitterrand se caractérise par son attachement à la culture européenne ainsi que par l’action conduite en faveur de l’amitié franco-allemande et de l’approfondissement de la construction européenne. Je pense en particulier à la création, en 1992, de l’Union européenne avec le Traité de Maastricht, pour laquelle Mitterrand s’est activement engagé.

Ici, en République tchèque, comme auparavant en Tchécoslovaquie, le souvenir de François Mitterrand est étroitement lié à la période qui a précédé et suivi la Révolution de velours. Persuadé que l’URSS de Gorbatchev connaissait une évolution l’éloignant des anciens schémas de la politique soviétique, Mitterrand décida d’entreprendre à partir de 1988 une série de visites dans les pays de l’ « autre Europe ». La première étape de ces visites se tint ici-même, à Prague, en décembre 1988.

Mitterrand imposa cependant à Gustav Husak comme condition de sa visite, la première alors d’un Chef d’Etat français en Tchécoslovaquie, la possibilité de rencontrer des représentants de la société civile. C’est ainsi que le 9 décembre 1988 put être organisé à l’ambassade de France le petit-déjeuner historique auquel furent conviés Vaclav Havel ainsi que plusieurs opposants au régime communiste, dont vous-même, cher Karel Srp. Beaucoup nous ont quittés à présent et cette commémoration est l’occasion de rappeler leur mémoire.

Si le souvenir de cette rencontre de 1988 demeure présent, c’est qu’elle conférait une reconnaissance internationale aux opposants au régime communiste mais avant tout à la légitimité de leur cause. L’importance du petit-déjeuner est visible lorsque l’on considère le rôle qu’un an plus tard les personnalités invitées jouèrent dans la transition démocratique.

Ce qu’il fit en Tchécoslovaquie, le président Mitterrand le répéta à plusieurs reprises au cours de ses autres déplacements officiels en Europe centrale et Orientale. Ce fut le cas en Bulgarie en janvier 1989, où il reçut à l’ambassade, également pour un petit déjeuner, des dissidents dont Jeliou Jelev, puis, en Pologne en juin 1989 où il vint rencontrer Lech Walesa à Gdansk.

Dans l’année précédant la chute du mur de Berlin, Mitterrand rencontra ainsi trois futurs chefs d’Etat de nouvelles démocraties d’Europe centrale et orientale.

A titre personnel, j’aimerais rappeler qu’alors jeune agent du Protocole en poste à l’Elysée, j’ai eu l’occasion de faire partie de la délégation qui accompagna le Président Mitterrand en Bulgarie et en Pologne ; j’en conserve un souvenir fort et je regrette de n’avoir pas eu l’occasion d’être à Prague en décembre 1988.

Mais, arrivé à Prague comme diplomate dans les semaines suivant la Révolution de velours, j’étais à l’ambassade lorsqu’en septembre 1990, au cours de sa première visite dans la Tchécoslovaquie redevenue démocratique, François Mitterrand souhaita convier à un petit-déjeuner les participants de celui de 1988 auxquels se joignit Alexander Dubcek. J’étais également présent lorsque le Président Mitterrand fit une nouvelle visite le 9 décembre 1993 et, à l’occasion du 5ème anniversaire du petit-déjeuner, invita à l’Ambassade Vaclav Havel et les autres premiers participants. Karel Srp a magnifiquement rappelé ces différentes rencontres dans son livre « trois petits déjeuners avec François Mitterrand ».

Si le petit-déjeuner de 1988 est régulièrement commémoré, c’est qu’il possède une valeur symbolique qui demeure toujours vivante. Puisque l’on évoque les symboles de l’histoire commune, comment ne pas relever que 70 ans avant le petit-déjeuner, le 9 décembre 1918, Masaryk revenu des Etats-Unis, passait pour la première fois les troupes en revue en tant que chef d’Etat de la nouvelle Tchécoslovaquie ; c’était à Darney, dans les Vosges, devant les légionnaires tchécoslovaques du camp Kleber.

Alors que les relations franco-tchèques connaissent une période d’essor sur les plans tant politique qu’économique, il est significatif que le premier ministre français, Manuel Valls, se soit rendu à Prague en visite officielle en décembre dernier afin notamment de prendre part à un petit-déjeuner commémoratif en présence de son homologue et de plusieurs personnalités dont Karel Srp. C’est à cette occasion que Karel a exprimé le souhait de voir ériger un buste de François Mitterrand à Prague. Une initiative qu’il a su mener à terme avec une remarquable rapidité et dont je le remercie de nouveau.

Je tiens en conclusion à remercier Jan Zelenka pour son œuvre ainsi que tous ceux qui ont rendu possible sa réalisation. Je souhaite également transmettre à Karel Srp, pour son initiative, les remerciements personnels de M. Manuel Valls ainsi que ceux de M. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, Président de l’Institut François Mitterrand et participant du petit-déjeuner de 1989.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 16/07/2015

Haut de page