Inauguration du cycle d’expositions L’Année de la culture française [cs]

Inauguration du cycle d’expositions « L’Année de la culture française dans les châteaux de Bohème et de Moravie »

Palais Buquoy, 17 avril 2013

Discours d’ouverture de Pierre Lévy, Ambassadeur de France en République tchèque

Madame la Ministre,
Messieurs les Présidents de régions,
Madame la Directrice générale de l’Institut national du Patrimoine,
Monsieur le Commissaire de l’exposition,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir au Palais Buquoy par cette belle journée de printemps, enfin.

C’est une heureuse surprise que d’avoir été sollicité pour accueillir à l’ambassade de France le lancement du projet 2013-2014 de l’Institut national du Patrimoine, intitulé « l’année de la culture française dans les châteaux de Bohème, de Moravie et de Silésie ». Le palais Buquoy est, depuis 1919, le creuset des relations entre nos deux pays. Et son histoire illustre si bien votre magnifique initiative.

Après les Rožmberk en 2011, puis les Pernštejn en 2012, voici encore un projet mettant en valeur le patrimoine historique tchèque et invitant à mieux connaître les familles, penseurs, artistes et architectes qui l’ont façonné.

Cette « année de la culture française » célèbrera les liens qui ont existé entre l’Europe centrale et la France. Autant de faits que vous allez nous présenter. Ils prouvent, si besoin était, la vitalité profonde de l’esprit européen sur vos terres, au coeur de l’Europe.

Selon moi, ce voyage dans l’histoire ne saurait être un simple retour vers le passé, car il nous conduit vers l’Europe, c’est-à-dire nous ramène aux réalités d’aujourd’hui et aux espoirs de demain. Quelle est en effet la nationalité d’un seigneur des pays de la Couronne de Bohême, parlant allemand, lisant ou écrivant le français, connaissant l’Italie, traçant ses jardins à l’anglaise ? Elle est européenne, authentiquement européenne.

Votre initiative est heureuse. Voici une année de la culture française organisée, pour ainsi dire sans les Français, par des Tchèques, à destination d’un vaste public, qui, d’avril à octobre, ira à la découverte d’une étonnante diversité de châteaux et de jardins. Après les visites des beaux jours de 2013, viendra un programme pragois, mais je ne veux pas trahir les secrets que Madame Goryczkova, la Directrice générale du NPU, va bientôt nous dévoiler.

Je me réjouis que d’autres que des Français, participent à la promotion de notre culture, de notre langue, de nos richesses artistiques et, finalement, de nos valeurs ? Je tiens ici à remercier vivement tous les acteurs de ce projet, pour leur démarche authentiquement francophile.

S’il est si plaisant de célébrer avec vous la culture française, c’est parce que nous parlons ici de patrimoine historique. Qu’est-ce que le patrimoine historique ? En particulier ce patrimoine artistique, culturel et monumental, dont le NPU assure la conservation ?

Quelques grands esprits français se sont passionnés pour ce sujet. Ils ont agi en éclaireurs. Je pense à André Malraux, le premier ministre de la Culture, nommé par le Général de Gaulle, et à André Chastel, grand historien d’art. Ces deux personnalités ont créé en 1964 l’inventaire général du patrimoine culturel de la France. Je pense aussi au Conseil de l’Europe qui, très tôt, a identifié la valeur éducative et pacifique du patrimoine. Permettez-moi d’évoquer ce mot de patrimoine, qui est au cœur de votre projet.

Les Européens emploient différents termes : en français on dit « patrimoine », en anglais « heritage », en allemand « kulturelles Erbe », en tchèque « kulturní dědictví ». Nous Français, mettons l’accent sur ce qui rassemble une communauté, tandis qu’Anglais, Allemands ou Tchèques semblent insister davantage sur l’héritage. En définitive, ce terme renvoie à deux notions intimement liées : l’identité et la transmission.

Quoi qu’il en soit, depuis son invention, c’est-à-dire depuis le milieu du XIXème siècle, la notion de patrimoine n’a cessé de s’élargir et d’englober un nombre toujours plus grand de biens, depuis les véritables chefs d’œuvre jusqu’aux simples produits du savoir-faire des hommes. Ne parle-t-on pas aujourd’hui de patrimoine immatériel ?

Face à cette évolution, ceux qui assurent la protection du patrimoine font face à de grands défis. J’en citerai trois :

- comment faire revivre l’héritage historique, sans tomber dans la nostalgie ou la conservation figée d’un passé disparu ?

- comment donner le goût du patrimoine ? Comment le valoriser économiquement, tout en évitant son exploitation commerciale. En République tchèque où le nombre de châteaux par habitant est sans doute le plus élevé d’Europe, où les touristes ont trop tendance à se concentrer sur Prague, et pas assez dans les régions, je sais combien cette question est importante.

- comment transmettre ? Nous multiplions les images, mais savons-nous les regarder ? Là encore, il ne suffit pas de montrer, mais il faut aussi expliquer, transmettre.

Faire connaître et faire vivre le patrimoine historique dont nous sommes les dépositaires,- et non les propriétaires -, est une entreprise difficile qui exige des coopérations approfondies entre un grand nombre de disciplines et de métiers.

J’ai la conviction, - je crois partagée avec vous tous-, que faire vivre le patrimoine historique est un acte majeur dans une société démocratique, ouverte, qui regarde vers l’avenir.

Tel est, à mes yeux, le sens profond de votre initiative : « connaître et sentir ce qui relie chacun à la chaîne biologique et historique dont il est issu, percevoir dans cette continuité même ce qui le rend solidaire et responsable envers ses contemporains. » J’ai cité une autre grande figure de la vie culturelle française Jacques Rigaud, et son livre « la culture pour vivre ». Il n’y a pas de meilleure formule.

Je vous exprime à nouveau ma reconnaissance pour ce projet qui met en valeur de manière raffinée la culture française et signale sa présence ancrée et profonde dans votre beau pays. C’est une belle célébration de notre amitié !

Je souhaite beaucoup de succès à votre projet.

Merci de votre attention.

Dernière modification : 18/04/2013

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