Remise des insignes de chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume à M. Jan Holoubek (18 mai 2016) [cs]

Madame Holoubková,
Monsieur Holoubek,
M. le Sénateur,
M. le Président de la société napoléonienne,
Monsieur le maire de la commune de Prace,

Mesdames et messieurs,

C’est un grand honneur pour moi de vous accueillir à l’Ambassade de France pour cette cérémonie particulière, empreinte d’émotion et de gratitude,

C’est la mémoire et la vie d’un homme qui nous réunit : Jan Holoubek. Il n’est pas avec nous ce soir, mais nous sommes ici pour l’évoquer, pour parler de sa vie, de ses passions, de ses réussites et peut-être aussi de ses rêves, de ce qu’il aurait encore voulu entreprendre et que la mort a interrompu.

Je me tourne vers vous Madame, vers vous ses proches, pour vous remercier du fond du coeur d’avoir accepté que cet hommage puisse être rendu, à votre époux, père et grand-père, en présence de ses amis et compagnons.

Car Jan Holoubek appartient un peu à la France.

A vous qui avez eu le privilège de le rencontrer, de le connaître, de l’aimer, je n’apprendrais rien de la vie de votre ami ou collègue de travail. Mais je souhaite vous dire pourquoi la France, ce pays dont il est devenu le promoteur, a choisi de le distinguer en le faisant entrer dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Faisons si vous le voulez bien un retour en arrière dans l’Europe divisée, entre l’Ouest et l’Est. Ce sont les années de guerre froide, et de l’autre côté du rideau de fer, à l’Est, dans les champs de Moravie du sud, un jeune maçon découvre des objets : boutons d’uniformes, balles de fusils, boulets de canon, fers à chevaux...Ce sont les témoignages muets des batailles napoléoniennes de 1805, de la grande bataille d’Austerlitz. A travers eux, Holoubek va découvrir et revivre l’épopée napoléonienne ; elle le conduira d’abord vers la langue française, qu’il va étudier des années durant à Brno. Puis elle le mènera en France et partout en Europe, où les souvenirs napoléoniens existent et sont commémorés. Elle le conduira aussi vers une zone à risques, car le régime d’alors ne peut pas voir d’un bon oeil tous ces liens qui se crééent avec l’Ouest. Enfin, cette épopée va l’ancrer dans son pays, dans sa Moravie, à Austerlitz où il va inlassablement contribuer à l’entretien et à la vie du site d’Austerlitz-Pratzen.

Ses moyens sont modestes, mais sa connaissance intime du terrain, ses voyages, sa compétence particulière pour se représenter les faits et les événements, vont faire de lui un historien, l’un des historiens d’Austerlitz et d’autres batailles. Jan Holoubek ne conserve pas pour lui ses trésors et ses connaisseurs. En témoigne la création, à son initiative, de la société napoléonienne tchéco-slovaque dont je suis heureux de saluer les membres.

C’est ce parcours peu commun que la France a souhaité honorer : le parcours d’un homme modeste, courageux et persévérant, que rien a priori ne préparait à cette rencontre avec la France. Rien, sinon cette terre morave, foulée par les soldats des empires, et dont il a aussi voulu qu’elle soit une terre de paix. Car je veux le croire, Jan Holoubek, fasciné par les batailles, était aussi un homme de paix. En témoignent ces monuments commémoratifs érigés à la croisée des chemins, ces ossements pieusement rassemblés et inhumés dans la chapelle de la paix de Pratzen et tous ses liens créés avec vous, qui avez à cœur de faire connaître votre région de Moravie, vos villes et vos villages.

La Légion d’Honneur devait aller vers cet homme : elle lui a été accordée le 7 juillet 2015. Jan Holoubek est décédé le 20 octobre 2015.

Vous savez la peine qui a été la nôtre, Madame, lorsque nous avons appris son départ. Mais au-delà de la peine, je veux aussi, en vous transmettant ces insignes vous dire notre fierté. Puisse la mémoire de Jan Holoubek, à travers notre hommage, continuer de se perpétuer. Puissent comme lui d’autres hommes et femmes découvrir le bonheur de rencontrer un pays, sa langue, sa culture, à travers une passion et une fidélité.

Dernière modification : 20/05/2016

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