Les « Gens du voyage » en France [cs]

Selon la terminologie administrative et juridique française, le terme « Gens du voyage » fait référence à « divers groupes d’individus, se décrivant eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage, Manouches, Ashkali, Sinti…, et ayant en commun une origine et la langue romani. ».

Aujourd’hui, la majorité d’entre eux parlent français. Cette acception très large correspond à la définition des communautés « roms » au sens de l’Union européenne. Le terme de « Rom » n’est pas repris en France car il qualifie une population sur des bases ethniques, ce qui est contraire à la constitution française. La Belgique utilise également le terme de « Gens du voyage » pour parler des Roms. Le terme « Roms » en France ne concerne que les Roms de Roumanie, Bulgarie, et plus largement d’Europe centrale et orientale, venus pour la plupart après la chute du Mur, puis suite à l’adhésion de certains de ces pays à l’Union européenne. Ils ne rentrent pas dans la désignation des Gens du voyage, leur situation étant différente : ils ne sont pas citoyens français. Des mesures de raccompagnement aux frontières ont été prises pour ceux installés illégalement en France, notamment depuis l’été 2010.

Si le terme de « Gens du voyage » regroupe des populations et communautés très hétérogènes, un point commun entre ces personnes est d’être, pour la majorité, installées en France depuis plusieurs générations et d’avoir la nationalité française. Selon certaines hypothèses, les premières communautés roms auraient quitté la vallée du Gange, en Inde, au XIe siècle et auraient ensuite migré progressivement à travers l’Asie occidentale puis l’Europe jusqu’au début du XXe siècle. C’est autour du XVème siècle que les premières communautés de Gens du voyage sont arrivées en France.

La désignation « Gens du voyage » apparaît officiellement en 1972 avec la parution de deux décrets qui se réfèrent à la loi de 1969 sur l’exercice des activités économiques ambulantes. Celle-ci prévoit notamment l’instauration d’un livret de circulation et institue la notion de « commune de rattachement ».

Les Gens du voyage ne sont néanmoins pas tous nomades. Bien que le statut initial de Gens du voyage, créé en 1969 par l’administration, désigne les populations qui résident habituellement en « abri mobile terrestre » (caravane, mobile-home), une partie est aujourd’hui sédentarisée : seul un tiers d’entre eux ont encore un mode de vie strictement itinérant. Ceci pose d’ailleurs un problème d’identification de ces populations puisque toutes ne se reconnaissent pas dans le terme « Gens du voyage ».

Apparaît ici une autre difficulté, liée à celle de la terminologie : le recensement de ces personnes. Il est impossible, aussi bien d’un point de vue pratique que législatif, de connaître le nombre exact que représentent les Gens du voyage. La mobilité et les problèmes d’identification des populations elles-mêmes à telle ou telle désignation constituent en effet un obstacle, rendant difficile de dresser des statistiques précises.

D’après les estimations prenant en compte notamment les livrets de circulation au sens de la loi 1969, les Gens du voyage seraient environ entre 300 000 et 400 000 en France. Le directeur de la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les tsiganes et les Gens du voyage, Stéphane Lévêque, avance, lui, le chiffre de 400 000 à 500 000 Gens du voyage. C’est donc généralement l’approximation de 400 000 personnes, soit 0,6% de la population française, qui est retenue.

Concernant la mobilité, on peut diviser les Gens du voyage en trois catégories d’un tiers chacune : les itinérants, les semi-sédentaires et les sédentaires, voyageant parfois durant l’été.

Ils vivent d’activités saisonnières de natures variées, compatibles avec un mode de vie itinérant. Ils sont artisans, forains, commerçants et témoignent d’une étonnante capacité d’adaptation. La famille constitue la base de leur communauté.

Les Gens du voyage sont souvent croyants. Majoritairement catholiques ou protestants, ils sont encore largement pratiquants et se rendent chaque 24 et 25 mai à Sainte-Marie de la Mer pour le « grand pèlerinage ». Les baptêmes et enterrements sont également l’occasion de cérémonies religieuses et de rassemblements.

Autre caractéristique de ces communautés : leur riche contribution à la culture française. Le swing manouche a été inventé dans les années 1930 par Django Reinhardt (1910-1953), figure emblématique encore aujourd’hui de ce courant musical. Légèrement oublié durant les années 1960 et 1970, le swing manouche est revenu sur le devant de la scène depuis les années 1980. Aujourd’hui, le succès de cette musique est considérable. On voit apparaître de plus en plus de concerts et de festivals (Tsiganes à la Villette, festival Django Reinhardt à Samois sur Seine…) et la production discographique a explosé (un rayon jazz-gitan est récemment apparu chez de grands disquaires). Cet engouement peut s’expliquer par le fait que le swing manouche est un jazz à la fois accessible, populaire et vivant. Il a ainsi inspiré de nombreux artistes : de Paris Combo à Henri Salvador en passant par Mano Solo, James Carter, les Ogres de Barbak ou Dany Brillant. Alexandre Romanès, directeur du célèbre cirque Romanès, est une autre personnalité marquante de la communauté des gens du voyage. Il a récemment publié son deuxième recueil de poèsie « Sur l’épaule de l’ange ». Enfin, mentionnons le metteur en scène, scénariste, producteur et acteur français Tony Gatlif, qui a remporté le Prix du meilleur metteur en scène au festival de Cannes en 2004 et dont le film Transylvania a fait l’ouverture du célèbre festival cannois deux ans plus tard.

Communauté traditionnellement itinérante, la législation française existante formulée à leur égard concerne essentiellement leurs conditions de circulation et de stationnement.

Tous les membres de la communauté des Gens du voyage de plus de 16 ans doivent être rattachés administrativement à une commune et être titulaires d’un titre de circulation. Le rattachement est valable pour une durée minimale de deux ans et ce n’est qu’après un rattachement de trois ans ininterrompus qu’ils peuvent accéder au droit de vote.

Plusieurs titres de circulation plus ou moins spécifiques existent : le « livret spécial » pour ceux qui exercent une profession ambulante et leur famille ne s’accompagnant d’aucun visa ; le « livret » pour les retraités, salariés ou chômeurs devant être visé une fois par an par la police ou la gendarmerie ; et enfin le « carnet de circulation » pour ceux qui n’ont pas de ressources régulières. Si certains y voient une entrave à la liberté de circulation des personnes, l’administration considère toutefois ces livrets comme indispensables pour garantir la sécurité et le recensement des Gens du voyage, comme elle le fait de l’ensemble de la population.

La question de leur stationnement et de leur domiciliation est également au cœur du dispositif législatif. La loi Louis Besson du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des Gens du voyage fait obligation aux communes de plus de 5000 habitants de prévoir des conditions de passage et de séjour des Gens du voyage sur leur territoire par la réalisation d’aires d’accueil. L’obtention d’un emplacement de stationnement, pour une durée de trois à neuf mois, se fait auprès de la mairie. Cependant, le nombre d’aires disponibles reste encore inférieur au nombre de demandes.

En mars 2003, la loi sur la sécurité intérieure a renforcé les sanctions contre les Gens du voyage lorsqu’il y a délit d’installation illicite sur une propriété privée ou publique « au moyen d’un véhicule automobile ». Dans ce cas, les forces de l’ordre peuvent confisquer le véhicule en cause et suspendre le permis de conduire de l’auteur des faits pour une durée maximale de trois ans (des peines de 6 mois de prison et une amende de 3 750 euros sont également possibles). Depuis la loi de 2007, relative à la prévention de la délinquance, les Gens du voyage installés illégalement sur des terrains peuvent également être évacués suite à une procédure de police.

De la question de l’hébergement et du stationnement des Gens du voyage découle un enjeu crucial : l’éducation. De nombreux témoignages font état d’une demande croissante de scolarisation de la part des parents. Depuis 1983, le principe de l’obligation scolaire concerne également les enfants voyageurs, qui doivent donc être scolarisés de six à dix-huit ans. Malgré les efforts de l’Education nationale pour les accueillir dans les écoles et collèges locaux, nombre de familles se tournent souvent vers l’enseignement à distance pour faciliter le suivi de l’éducation des enfants.

De nombreuses associations et institutions existent en France pour encourager le dialogue et l’échange avec les Gens du voyage, sauvegarder leur langue et leur culture et mettre en place des actions de solidarité et d’entraide sociale. On peut à ce titre citer Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage (FNASAT), basée à Paris, l’Union Romani au sein de l’Institut des langues orientales (INALCO) qui dispense d’ailleurs des cours de Romani, ou encore la Fédération Aide à la scolarisation des enfants tsiganes (FASET), qui scolarise les enfants en Antennes scolaires mobiles (ASM), les accompagne vers l’école traditionnelle ou les inscrit à des cours par correspondance selon les situations de chacun.

Dernière modification : 01/10/2013

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