Remise de l’ordre des Palmes académique à M. Aleš Pohorský (13 décembre 2013) [cs]

Remise de la médaille des Palmes Académiques à M. Aleš Pohorský, Président de Gallica.

Palais Buquoy, le 13 décembre 2013.

Monsieur Pohorský,

Monsieur le Directeur de l’Ecole des Chartes,

Monsieur le Président (de la société Chateaubriand),

Mesdames et Messieurs les Doyens,

Mesdames, Messieurs,

C’est un réel plaisir, Monsieur le Professeur, de pouvoir vous accueillir, ce soir au Palais Buquoy, creuset des relations franco-tchèques depuis plus de 8 décennies, avec votre famille, vos collègues - tchèques et français, je tiens à le préciser puisque certains ont fait le déplacement depuis Paris pour participer au colloque qui vous coordonnez et qui aura lieu demain à l’Université Charles - et vos amis afin de vous remettre cette distinction de chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Considérez cette distinction d’abord comme un signe de reconnaissance pour tout le travail que vous avez mené et que vous continuez à mener dans votre domaine professionnel en faveur de la promotion de notre langue. La République française souhaite reconnaitre ainsi votre travail et vous redire notre gratitude pour votre engagement en faveur de la francophonie et du renforcement des liens que vous avez su tisser entre nos deux pays.

La présence de vos nombreux collègues tchèques et les messages de regret de certains autres qui ont dû décliner votre invitation, en cette période très chargée pour les universitaires, montrent que le choix de vous distinguer dans cet ordre est des plus pertinents. Étant ambassadeur ici depuis à peine plus de 2 mois mais connaissant ce pays pour y avoir vécu et travaillé pendant plusieurs années, je sais combien cette relation privilégiée entre nos deux pays est marquée par les échanges universitaires, l’importance des liens académiques et scientifiques qui relient nos deux espaces respectifs de l’enseignement et de la recherche.

Et pourtant, - vous qui connaissez bien notre pays, vous qui avez effectué une partie de vos études à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, au pire moment de la normalisation - vous êtes bien placé pour savoir que l’histoire et ses vicissitudes, mais également les représentations ou les perceptions - parfois bien différentes - que nos deux nations ont de leur histoire commune, ont parfois contribué à nous éloigner.

Il a fallu, depuis deux décennies, nous retrouver et bâtir à nouveau les conditions d’un travail universitaire et scientifique qui ait un sens. Vous y avez, Monsieur Pohorský, largement contribué et la cérémonie d’aujourd’hui est la manifestation tangible de notre reconnaissance pour cette contribution.

Vous êtes, ici, parmi nous à plus d’un titre. Je souhaiterais ce soir mentionner trois raisons qui expliquent notre volonté de vous distinguer.

La première, et je tiens à commencer par cet élément, c’est la présidence de l’association Gallica que vous exercez depuis plusieurs années. Cette association qui regroupe vos pairs romanistes des universités tchèques qui vous ont élu à leur tête a désormais trouvé sa place dans le paysage universitaire de votre pays. En soutenant la recherche scientifique, la tenue de colloques en littérature, en linguistique et en didactique, en appuyant les études doctorales, l’activité de Gallica est, pour cette ambassade et plus généralement pour la promotion de notre langue, absolument fondamentale. Ce travail a d’ailleurs été distingué par l’Académie Française qui, l’an dernier, a décerné à votre association un de ses prix les plus prestigieux. Vous êtes d’ailleurs allé le recueillir sous la coupole à Paris.

Ainsi, en vous honorant ce soir, c’est aussi l’ensemble des membres de Gallica – quel que soit leur grade universitaire ou leurs fonctions - que nous avons souhaité distinguer. Je pense également aux deux Présidents qui vous ont précédé et qui ont également largement contribué à renforcer cette association. Je vous serai gré de bien vouloir rappeler demain à l’ensemble de vos collègues présents lors de votre assemblée générale que le travail qu’ils effectuent au quotidien, qu’il soit scientifique et didactique - est pour nous essentiel. Sans l’engagement des romanistes tchèques et notamment sans celui des doctorants, notre langue n’aurait pas la place qu’elle a aujourd’hui dans les universités locales.

Mais il y a un second aspect que nous avons souhaité mettre en exergue et qui explique également notre volonté de récompenser votre travail. Vous travaillez depuis longtemps à faire connaitre, ici en République tchèque, un des géants de notre littérature et dont le portrait a d’ailleurs été installé dans ce salon de Musique pour cette occasion : Je veux parler de Chateaubriand dont l’œuvre a, ici, une importance particulière puisqu’il fut un des premiers auteurs traduits en tchèque moderne. C’est en effet – on l’oublie souvent - en langue tchèque qu’une des premières traductions d’Atala fut publiée en 1805, soit quatre ans après sa publication en France. Très significativement, cette traduction est de Josef Jungmann qui demeure un des pères du tchèque moderne avec Josef Dobrovský. Une exposition au château de Prague dont le vernissage est prévu en début d’année prochaine rappellera d’ailleurs cet épisode, encore trop méconnu, des liens qui unissent nos deux pays.

Pour autant, cette traduction très ancienne de Chateaubriand n’avait pas abouti, depuis deux siècles, à la traduction, dans votre langue, de son ouvrage majeur en l’occurrence, les Mémoires d’outre-tombe. C’est donc à la fois pour réparer ce manque et pour faire connaitre à vos compatriotes ce monument de la littérature française que vous vous êtes attelé, il y a quelques années à cette gigantesque traduction.

Soutenu par les excellentes éditions Academia, que je tiens à remercier ici des coopérations privilégiées qu’elle entretient avec cette ambassade et notamment avec le service culturel, vous avez consacré à ce travail l’essentiel de votre temps ces dernières années, pour arriver à cette traduction. En plus de ce travail linguistique, vous avez fait le choix – j’imagine sous la tutelle vigilante de votre éditeur - non pas de tout traduire mais de faire un choix de textes que vous souhaitiez faire découvrir à vos compatriotes. Ainsi, ce beau volume de plus de 600 pages – sur les 1800 que comptent l’édition de la Pléiade - est sorti, grâce au soutien indéfectible de M. Jaroslav Havel, directeur de publication à Academia, et il faut le dire, de notre programme d’aide à la publication, qui porte le nom du critique littéraire František Xaver Šalda.

A l’heure actuelle, - sans trahir de secret - je sais que vous avez le projet d’aller plus loin puisque c’est désormais à Napoléon lui-même que vous vous attaquez, par l’intermédiaire de Las Cases et de la traduction en tchèque de son Mémorial de Sainte-Hélène. Vous en prévoyez la sortie, l’an prochain. Si c’est le cas, vous manquerez, Monsieur Pohorský, le bicentenaire de Waterloo d’une seule année !

Cependant, et c’est bien sur le troisième aspect sur lequel je veux insister, rien de tout ce que j’ai évoqué jusque-là n’eût été possible sans votre passion pour notre langue, passion communicative car vos étudiants et vos doctorants - je n’ose écrire vos disciples - sont nombreux. Comme directeur du département d’études françaises de l’université Charles ou tout simplement comme enseignant-chercheur, vous avez su transmettre, passer faire connaitre et aimer la langue et la littérature françaises. Depuis votre thèse, consacrée au poète médiéval Rutebeuf - déjà une sorte de poète maudit au XIIIème siècle puisqu’il célébrait plus les amis perdus et les amours mortes que les exploits guerriers des princes et des puissants - vous n’avez pas cessé de faire découvrir à des générations d’enseignants notre littérature.

Vos traductions des Illuminations et d’Une saison en enfer on fait notamment de vous un rimbaldien d’exception. Par ailleurs, pendant les années terribles de la normalisation, vous vous réfugiez – si vous me permettez cette expression - chez Apollinaire, qui devient votre auteur de prédilection, et auquel vous consacrez votre thèse de doctorat. Cet amour d’Apollinaire ne vous a jamais lâché, puisque nombreuses sont ici les personnes à savoir ce que nous vous devons, tant pour les soirées organisées à la Štěpánská qui furent consacrées au Passant de Prague qu’au dévoilement récent du buste de l’auteur d’Alcool dans le passage Archa, sur les lieux de son séjour à Prague, en 1902.

Je ne peux, à ce stade, manquer d’évoquer la mémoire de votre père, universitaire lui aussi, historien reconnu de la littérature tchèque et disparu très récemment. C’est aussi à lui que vous devez votre gout des littératures étrangères. Il a suivi avec attention votre carrière universitaire et vos publications si nombreuses.

Monsieur Pohorský, pour toutes ces collaborations scientifiques franco-tchèques que vous avez initiées et le plus souvent inscrites dans la durée, pour tous ces échanges avec des universitaires de mon pays, pour votre travail de traducteur, j’allais presque dire de passeur, au nom du Ministre français de l’Education nationale et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Dernière modification : 12/06/2015

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