Rencontre des présidents Français et Egyptien.

Palais de l’Elysée — Lundi 30 août 2010

LE PRÉSIDENT — Je voudrais dire au Président Hosni MOUBARAK que c’est toujours avec un infini plaisir que nous l’accueillons en France. Nos relations politiques, économiques et culturelles avec l’Egypte sont, en tous points, excellentes et c’est grâce à l’amitié entre l’Egypte et la France que nous avons pu créer l’Union pour la Méditerranée.

Avec le président égyptien, nous pensons que l’impasse dans le règlement du conflit israélo-palestinien n’est pas une fatalité. Le statu quo ne profite qu’aux extrémistes et qu’aux partisans de la confrontation.

Désormais, après des mois de blocage, un espoir existe. Une nouvelle chance se présente, il faut la saisir. Nous nous réjouissons du réengagement des Etats-Unis et nous l’encourageons dans le cadre d’un effort collectif et concerté. Et nous partageons ce point de vue avec le Président MOUBARAK, personne ne fera la paix seul au Proche-Orient, on aura besoin de tout le monde.

Nous avons proposé, avec le Président MOUBARAK, que puisse se tenir aux alentours de la mi-novembre un sommet de l’Union pour la Méditerranée auquel participerait l’ensemble des intervenants nécessaires pour obtenir la paix au Proche-Orient. Cette proposition, nous la faisons en plein accord avec le Président ZAPATERO pour que ce sommet puisse se tenir autour du 20 novembre à Barcelone. Cela sera l’occasion, en présence des Israéliens et des Palestiniens, d’encourager les négociations et d’examiner les moyens de soutenir concrètement les efforts de paix et la solution des deux Etats.

Maintenant, chacun est devant ses responsabilités en Israël comme dans le monde palestinien. Chacun des intervenants connaît parfaitement les éléments d’un accord définitif de paix. La seule chose, la seule question qui se pose, c’est celle de la volonté politique. Chacun est devant ses responsabilités et nous souhaitons de tout cœur, tout comme au nom de la France, que ces discussions qui reprennent soient conclusives. Je reste persuadé que le temps travaille contre les partisans de la paix.

M. HOSNI MOUBARAK - Je voudrais remercier mon cher ami le Président SARKOZY pour ses paroles aimables et je voudrais exprimer ma satisfaction quant aux entretiens que nous avons eus aujourd’hui sur la situation globale au Moyen-Orient de façon générale, et sur la relance des pourparlers de paix entre les Palestiniens et les Israéliens en particulier.

J’ai tenu à rencontrer le Président SARKOZY aujourd’hui avant de me rendre à Washington pour participer à la relance des négociations et nous avons constaté une concordance dans nos positions sur la nécessité de poursuivre le travail commun afin d’aller de l’avant dans le processus de paix, les efforts de paix. Nous avons exprimé notre souhait de pouvoir parvenir à un accord de paix dans l’année pour mette un terme à l’occupation et permettre de créer un Etat palestinien.

L’Egypte a été et restera toujours au cœur des efforts visant à instaurer la paix et la stabilité au Moyen-Orient. Nous partons en cela de notre conviction profonde que la paix est juste, que la coexistence pacifique dans notre région est une exigence vitale et immédiate qui ne supporte ni retard ni ajournement.

L’Egypte a fourni tous les efforts possibles pendant la période écoulée pour parvenir à ce moment. Nous avons poursuivi nos contacts avec les deux parties, avec nos partenaires régionaux et internationaux afin de préparer le climat à la relance des négociations directes et afin de créer cette nouvelle occasion pour la paix au Proche-Orient.

Le début de ces négociations directes ne représente pas la fin du chemin. Ce qui est important, c’est qu’elles se poursuivent en toute bonne foi afin de remettre le processus de paix dans le droit chemin, afin d’en respecter le cadre de référence, de respecter la légalité internationale et les échéances de la paix.

Je souhaite que toutes les parties puissent saisir cette occasion alors que nous sommes à un tournant important. Nous espérons, nous attendons même que l’administration américaine et les membres du Quartet prennent très sérieusement leur rôle et leurs responsabilités, que les deux parties, israélienne et palestinienne, prennent également leurs responsabilités et que tous soient au niveau des espoirs des deux peuples de Palestine et d’Israël et de l’ensemble des peuples de la région et du monde pour une paix juste que nous attendons depuis si longtemps, pour que nous puissions créer un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale et pour instaurer la sécurité pour l’Etat d’Israël et les peuples de la région.

Nous sommes convenus aujourd’hui avec le président SARKOZY, étant donné que nous sommes les coprésidents de l’Union pour la Méditerranée, de travailler lors du prochain sommet, lors du deuxième sommet qui se tiendra à Barcelone, afin de donner une relance supplémentaire au processus de paix, aux négociations de paix et d’en renforcer les possibilités de réussite. Je vous remercie.

QUESTION — Monsieur le président, pensez-vous que l’administration américaine peut pousser les deux parties à réaliser une paix juste ou faire pression sur Israël afin d’arrêter la colonisation et qu’en est-il du choix du groupe arabe de s’adresser au Conseil de Sécurité afin d’annoncer la création de l’État palestinien, de proclamer la création de l’État palestinien ?

M. HOSNI MOUBARAK — Premièrement, l’administration américaine toute seule a besoin du soutien de l’Union européenne. Le problème est difficile, il est complexe, il est ardu. L’administration américaine peut relancer le processus mais a besoin d’un soutien fort de l’Union européenne afin que ce processus puisse perdurer. Si nous parlons de soulever cela ou de proposer cela devant l’Assemblée générale des Nations Unies, non je crois qu’il est prématuré d’en parler. Il faut attendre la fin de la phase actuelle et voir à quoi nous allons parvenir comme résultat.

QUESTION — Qu’en est-il de la capacité des États-Unis à arrêter la colonisation de la part des Israéliens ?

M. HOSNI MOUBARAK — La colonisation est aussi un problème compliqué. Il faut des efforts considérables et je crois que les États-Unis et les Israéliens, je crois qu’il y a une certaine hésitation de la part des Israéliens à arrêter la colonisation, je pense qu’il y a besoin d’efforts supplémentaires, il y a besoin également d’un soutien européen afin de convaincre les Israéliens de la nécessité d’arrêter la colonisation pour que les négociations directes se poursuivent.

QUESTION — Messieurs les présidents, le problème de fond israélo-palestinien, au départ, c’est un problème de terre deux fois promise. Le Président SARKOZY faisait allusion à juste titre au manque de volonté, de courage politique aujourd’hui qui existe chez les protagonistes de la crise. Est-ce que vous pensez que le président OBAMA est à même aujourd’hui de donner cette volonté, ce courage politique qui fait tant défaut depuis 61 ans ?

M. HOSNI MOUBARAK — Premièrement, l’administration américaine a lancé ce processus de pourparlers indirects pour passer ensuite assez rapidement à des pourparlers directs. Nous remercions l’administration américaine et le président américain qui depuis son arrivée au pouvoir, recherche des solutions pour résoudre le problème palestinien et la dernière chose en date a été la relance des pourparlers directs que nous allons relancer à Washington. J’aurais souhaité que le Quartet soit présent et qu’un certain nombre de présidents européens soient présents pour soutenir ce processus.

LE PRESIDENT - Je voudrais dire combien je partage l’avis sage exprimé par le Président MOUBARAK. D’abord, il faut que chacun en Israël comprenne une chose : quand il y a un espoir pour la paix, tout doit être fait pour le conforter. Qui pourrait comprendre qu’un gel des colonies ait été décidé au moment où les négociations directes n’existaient pas et que les colonies reprendraient au moment où les négociations directes existent ? Quelle serait la logique de cette décision ? Qui pourrait la comprendre ?

Deuxièmement, comme le Président MOUBARAK, je pense que le rôle des Etats-Unis est très important, mais qu’il ne peut pas être le seul. D’abord parce que l’Union européenne, je le rappelle, est le premier contributeur financier pour les Palestiniens ; et deuxièmement parce que pour convaincre nos amis et notamment nos amis Israéliens, il faut que tout le monde tienne le même discours et pousse dans la même direction. C’est la raison pour laquelle nous travaillons main dans la main, l’Egypte et la France, et ce sera une grande opportunité que le sommet de l’Union pour la Méditerranée, où tout le monde sera autour de la table et où chacun tiendra le même discours.

Et puis enfin dernier point, je veux dire que les bonnes discussions ce sont des discussions, qui seront rapides. Depuis le temps que l’on parle de ce conflit, tout le monde connaît les paramètres de la paix. Des mois et des mois de discussion n’amèneront rien de plus.

Deuxièmement, la volonté politique est incontournable parce que le temps travaille contre les artisans de la paix. La longueur des pourparlers et l’absence de compromis fait le lit de tous les extrémismes partout dans le monde et notamment dans cette région du monde.

Donc il y a une chance, nous soutenons la chance qui est engagée aujourd’hui, mais nous disons : il y aura besoin de tout le monde pour obtenir des résultats.

Je vous remercie.

(source : Elysée.fr)

Dernière modification : 01/10/2013

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