"Václav Havel est l’incarnation de la réunification de l’Europe." [cs]

M. Nicolas Sarkozy, Président de la République française, a donné un entretien télévisé lors de son déplacement à Prague aux funérailles de l’ancien président tchèque et tchécoslovaque, M. Václav Havel.

L’entretien a eu lieu le 23 décembre 2011 au Palais Buquoy, siège de l’ambassade de France à Prague, dans la même salle à manger où, le 9 décembre 1988, le président français François Mitterrand a rencontré les dissidents tchécoslovaques, dont Václav Havel.

Interview (transcription partielle)

QUESTION - Merci de nous accorder quelques instants avant la cérémonie d’Adieu à l’ancien Président tchèque, Václav HAVEL.
Pourquoi est-ce que vous avez souhaité venir à ces funérailles d’Etat ? Que représente Václav HAVEL pour vous, Président de la République française ?

LE PRESIDENT – Il faut que les Français comprennent que Václav HAVEL est un géant, qu’il est l’incarnation de la culture européenne et de la réunification de l’Europe. C’est un homme qui incarne cette culture européenne, ce modèle européen.

Et c’est un homme qui a fait, avec quelques autres, SOLJENITSYNE, WALESA, quelques-uns, SAKHAROV, qui a fait vaciller ce qu’était l’empire soviétique ; qui a organisé, vécu, incarné la révolution de velours sans violence. Et je ne sais pas si chacun se rend compte, aujourd’hui on voit de l’autre côté de la Méditerranée, toutes ces révolutions avec l’espérance de la démocratie, ce que cela a pu représenter pour notre continent, d’avoir des hommes comme Václav HAVEL, il y a une phrase qu’il avait prononcée qui m’avait beaucoup marqué, quand il avait dit à des milliers, des dizaines de milliers de tchèques rassemblé : « nous ne sommes pas comme eux ».

Il a fait de la prison, il ne voulait pas être président, c’était un président par intérim, il est resté 13 ans !

Voilà, c’est l’homme qui a fait basculer l’Europe de l’est vers la démocratie, qui a toujours plaidé pour la réunification du continent et qui incarne la culture européenne.

(...)

QUESTION – Nous sommes en période de crise économique, est-ce cette crise ouverte de toute évidence avec la Turquie n’est pas un luxe dont la France ne peut pas permettre.

LE PRESIDENT – Madame défendre ses convictions n’est jamais un luxe. Céder sur ses convictions est toujours une lâcheté, les lâchetés finissent toujours par être payées.

Nous sommes aujourd’hui à Prague, toute l’Europe se réunit autour de la mémoire de Václav HAVEL. Quel est le message de cet homme ? Avoir des convictions, se battre pour elles. Prôner le dialogue et le respect, regarder son passé et en tirer des conclusions pour l’avenir. Nous sommes au début du XXIe siècle. Le XXe siècle fût le siècle des grandes catastrophes, des grands génocides, des grandes idéologies meurtrières. Des hommes se sont levés. WALESA en Pologne, MANDELA en Afrique du Sud, Václav HAVEL ici pour dire : on peut changer par la paix, par la révolution de velours, par la concorde et le rassemblement. Ces hommes ont mis leurs convictions au-dessus de tout. MANDELA a fait 28 ans de prison, HAVEL a fait plusieurs années de prison, WALESA, chacun sait. Mais je pourrais aussi dire Jean-Paul II. Voilà, sont des convictions et on ne marchande pas avec ces convictions.

(...)

LE PRESIDENT – Je suis à Prague pour honorer la mémoire de Václav HAVEL. Nous aurons certainement d’autres occasions de parler de toutes ces questions.

QUESTION – Merci Monsieur le Président.

LE PRESIDENT – C’est moi qui vous remercie.

Dernière modification : 15/08/2016

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